lundi 11 août 2014

L'ancien siège du KGB à Riga (son & photos)


EN LETTONIE, l’ancien siège du KGB est ouvert au public pour la première fois depuis la fin de l’occupation soviétique de ce pays balte. L’occasion pour les visiteurs de découvrir ou de se remémorer, en principe jusqu'au 19 octobre, un lieu et un épisode sinistres d’une histoire encore récente.

Le lieu a ouvert ses portes le 1er mai, dans le cadre du programme de Riga 2014, la ville lettonne étant l'une des deux capitales européennes de la culture cette année. Je m'y étais rendu peu après l'ouverture, en compagnie de Gints Grube, responsable de la partie du programme consacrée à (ou ayant lieu dans) la rue Brivibas sur laquelle se trouve l'ancien siège du KGB. Une dépêche récente de l'AFP, signée de son correspondant dans le pays, Mike Collier, a attiré l'attention de la rédaction de RFI, qui m'a demandé de parler de cet événement pour son émission Bonjour l'Europe. Voici la petite discussion que j'ai eue ce 11 août avec le présentateur (son "lancement" n'est pas de moi). Le son est par endroits un peu déficient, toutes mes excuses, c'est la faute au réseau téléphonique sans fil... Vous trouverez, au-dessous de la vidéo-son, une bonne partie du contenu et quelques-unes des photos que j'avais prises pour illustrer le sujet. Lequel demande à être vu et ressenti sur place.

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 Comment se présente le bâtiment et que voit-on?
C’est un immeuble de six étages, un immeuble Art nouveau assez stylé. Le KGB s’était installé là en 1940, au croisement de ce qui était alors la rue Lénine et d’une autre rue du centre de Riga. D’où le surnom donné à ce bâtiment: Stūra māja, "la Maison du coin". Cela évitait aux habitants d’avoir à prononcer le mot KGB, qui était tellement redouté. Et on comprend bien pourquoi lorsqu’on visite l’immeuble. Des dizaines de petites cellules peuplent le sous-sol. C’est là que les gens arrêtés par la police politique soviétique attendaient leur interrogatoire ou leur déportation vers la Sibérie. Il suffisait parfois d’une simple dénonciation pour se retrouver là, comme le rappellent les panneaux explicatifs installés dans l’entrée. Toujours au rez-de-chaussée, on voit la pièce qui a servi pendant un certain temps de chambre d’exécution.









Est-ce qu’il y a beaucoup de visiteurs? Comment réagissent-ils?
Oui, il y a du monde, dont pas mal de touristes étrangers. Riga est l’une des capitales européennes de la culture cette année. Les réactions varient. Des personnes âgées originaires de Lettonie tombent en larmes en visitant le lieu, certaines y ont été détenues. D’autres semblent si bien connaître les lieux qu’on se demande si elles n’ont pas travaillé là pour le KGB. On croise aussi des familles. Pas mal de jeunes découvrent là l’un des pires travers de l’occupation soviétique,  ça leur ouvre les yeux. En revanche, des visiteurs venus de Russie voisine ont du mal à croire à ce qu’ils voient. Certains affirment même que tout ça n’est que propagande antirusse, en cette période de tension entre l’Ouest et Moscou.



L’exposition se termine en octobre. Et ensuite, qu’est-ce que va devenir l’immeuble ?
C’est un point d’interrogation. L’Etat letton n’a pas encore décidé ce qu’il allait en faire. Après le retour à l’indépendance, en 1991, l’immeuble avait hébergé le QG de la police lettonne jusqu’en 2008. Depuis, il était inoccupé, là, sur l’un des grands axes de Riga. Il est possible qu’il redevienne une coquille vide, en attendant des investisseurs qui pourraient en faire des bureaux. A moins qu’un musée n’y soit ouvert en permanence. L’idée est dans l’air. Certains, dont pas mal d’intellectuels et d’artistes, souhaitent qu’on puisse y perpétuer la mémoire d’une époque dont l’histoire n’a pas encore été complètement écrite. Avec ses zones d’ombre, ses ambiguïtés aussi, puisque un nombre indéterminé de Lettons ont collaboré avec le KGB.





Je n'ai pas eu le temps d'en parler dans mon billet radio: à voir, dans les étages supérieurs de l'immeuble, là où travaillait encore la police lettonne il y a une demi-douzaine d'années, plusieurs expositions autour du totalitarisme et ses effets, la déportation en Sibérie avec, notamment, les quelques objets emportés par des Lettons.