Affichage des articles dont le libellé est Thorbjørn Jagland. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Thorbjørn Jagland. Afficher tous les articles
vendredi 9 octobre 2015
Un Nobel de la paix 2015 consensuel, une hypothèse
IL N'EST généralement pas facile d'anticiper le choix du Comité Nobel norvégien. Ses décisions collent parfois à l'actualité la plus évidente, la plus chaude du moment, parfois non. Les lauréats peuvent être connus du monde entier avant même leur consécration par le Nobel. D'autres, sans ce coup de projecteur d'une puissance quasi inégalée, seraient sans doute restés dans l'ombre.
Pas facile donc, mais tentant de faire un pronostic... Cette année, quelques éléments me laissent penser que les "sages" d'Oslo ne vont pas faire de vagues. Le Comité Nobel a un peu trop fait parler de lui ces derniers temps. Logiquement, il aurait intérêt à choisir un ou des lauréats qui font l'unanimité.
* * *
Je m'explique. En mars dernier, le comité a défrayé la chronique en rétrogradant son président au rang de simple membre. Thorbjørn Jagland aurait bien rempilé à la tête de cette petite entité de cinq personnes. Les autres en ont jugé autrement. Sorte de mini-putsch interne inédit dans l'histoire du comité (lire mon article dans La Croix), la tradition voulant que la personne qui le préside reste à cette place jusqu'à ce qu'elle décide de passer la main.
Je pourrais écrire longuement sur les raisons de cet affront mais le temps me manque en cette matinée d'attribution du prix 2015. En résumé, Jagland (ci-dessus) a payé le prix de quelques choix jugés aventureux pour diverses raisons : le prix à Barack Obama (2009) et celui au dissident chinois Liu Xiaobo (2010). Plus encore que le premier, c'est sans doute le second qui a joué en défaveur de Jagland. Les intérêts du royaume scandinave ont été directement affectés par cette décision qui a fortement déplu à Pékin. Par la suite, le saumon et les diplomates norvégiens n'étaient plus les bienvenus aux tables chinoises.
* * *
Deuxième raison pour laquelle le comité norvégien s'est attiré une publicité négative et très inhabituelle: la parution à Oslo des mémoires de celui qui a été pendant 25 ans le secrétaire dudit comité.
Dans Secrétaire de la paix, sorti en septembre, Geir Lundestad lève un coin de voile sur une partie des tractations ayant abouti au choix de tel ou tel lauréat depuis 1990. Il prend aussi ses distances avec certaines des décisions du comité qu'il assistait à longueur d'année (sans avoir pour autant le droit de voter au côté des cinq membres). Et en particulier le prix à Obama.
Dans son livre, Lundestad ne se gêne pas pour critiquer Jagland. Raconte que celui-ci a une haute opinion de lui-même, laisse entendre que son anglais est insuffisant, qu'il lui a piqué des idées pour écrire des discours de remise du prix, qu'il prenait des décisions à l'emporte-pièce, qu'il a "fuité" des noms de lauréats à la presse avant l'annonce de prix, etc.
Depuis, le comité s'est fendu d'un communiqué inhabituel pour reprocher à Lundestad d'avoir rompu la confidentialité des débats internes. L'ancien secrétaire a par la suite été sommé d'évacuer le bureau dont il disposait encore à l'Institut Nobel d'Oslo, qu'il avait également dirigé (cela va de pair avec le poste de secrétaire du comité). De son côté, Jagland, piqué dans son orgueil, a contre-attaqué. Pour lui, Lundestad était un donneur de leçons qui se prenait volontiers pour un des membres du comité et auquel il fallait rappeler qu'il n'était qu'un "fonctionnaire".
Ambiance à Oslo...
Inédit dans l'histoire du prix, ce lavage de linge sale sur la place publique fait craindre à certains pour la crédibilité d'une institution déjà mise en cause en raison du choix de lauréats controversés, du non-respect du testament d'Alfred Nobel et d'une certaine dérive commerciale (autant de points que je développe dans mon livre, Histoire du prix Nobel).
* * *
Tout cela pourrait concourir, de mon point de vue, à l"attribution d'un prix 2015 consensuel.
Il serait dès lors logique d'exclure un prix "sanction" (contre la Russie, par exemple), porteur de clivages, ou susceptible d'exposer le comité à trop de critiques. Dans ce cas, exit Angela Merkel qui, si elle s'est distinguée par sa main tendue aux réfugiés arrivant en Allemagne, n'est pas jugée irréprochable dans d'autres domaines (ni dans celui des réfugiés d'ailleurs, son attitude n'étant a priori pas dénuée d'arrière-pensées politiques). Cela exclurait aussi l'attribution d'un prix en faveur de la liberté d'expression, qui risquerait d'aliéner tous ceux qui sont les cibles des libres penseurs à la Charlie Hebdo. Ou une partie du monde arabe (en cas de distinction d'un blogueur saoudien, Raef Badaoui, condamné à la prison).
Si la thématique des réfugiés était retenue, ce qui n'est pas à exclure, j'imagine qu'il irait plutôt à une personnalité/organisation de terrain, si proche de la souffrance humaine qu'elle ne souffrirait aucune critique un tant soit peu justifiée. Ou alors le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), déjà récompensé - 1954, 1981 - mais peu contestable et susceptible de bénéficier d'un coup de zoom Nobel.
La « tradition » des années en 5, ayant récompensé les efforts de réduction ou de non-dissémination du nucléaire militaire, pourrait aussi se voir confirmée (5 en hommage aux hommages des victimes des bombardements de Hiroshima et Nagasaki, en 1945). L'inquiétude monte quant à un éventuel recours à des armes atomiques. Mais alors le comité Nobel pourrait vouloir choisir une instance/personnalité aussi neutre que possible, qui ne soit susceptible d'être estampillée "pro-Washington" ou "pro-Moscou" par le camp adverse.
Ce ne sont que des supputations, il y en a d'autres. Aucune garantie quant à l'exactitude de mon pronostic, formulé avant tout en tenant compte du débat qui secoue le Comité Nobel (ce que j'ai appelé, en fin d'un précédent billet de blog, une tempête dans un verre d'Oslo). Les cinq "sages" nous ont habitués aux surprises. Et l'an dernier, en privilégiant l'option d'un prix sanction à l'encontre de Vladimir Poutine, je m'étais trompé. Alors...
Résultat à 11h00 heure d'Oslo (et de Paris).
P. S. [le 14 octobre 2015]: En portant son choix sur le quartet menant le "dialogue national" en Tunisie, le Comité Nobel norvégien n'a pas choisi la controverse ni n'a fait de vagues. Tenter d'épauler, grâce à un prix renommé, le processus de démocratisation dans un pays qui en a besoin et, si possible, dans la région avoisinante, qui de sensé pourrait dénoncer une telle initiative (sauf à considérer que ce choix ne correspond pas à la volonté d'Alfred Nobel telle qu'exprimée dans son testament)?
Car ce prix, comme d'autres par le passé, part a priori d'un bon sentiment. Peut-être un peu trop, a-t-on entendu à Oslo après l'annonce du comité. Il aurait mieux valu distinguer les Tunisiens plus tôt en raison de l'urgence sur le terrain, avancent certains. Ou plus tard, étant donné la fragilité du processus, estiment d'autres. Ou encore primer des personnalités plus offensives, plus flamboyantes qu'un "quartet" comprenant, entre autres, un syndicat et une organisation patronale.
Prix "peu spectaculaire", a tranché une experte interrogée par la télé publique norvégienne NRK. Certes. Les prix à Barack Obama et à l'UE, eux, étaient autrement plus spectaculaires ! Mais aussi nettement plus contestables, le premier des deux avant tout. D'autres choix, à l'avenir, provoqueront des éclaboussures et génèreront de bonnes grosses polémiques, n'en doutons pas. En attendant, le prix 2015 aura permis de donner un coup de projecteur sur une bonne cause -- et aux membres du Comité Nobel norvégien de respirer un peu, le temps d'une pause bienvenue après, en ce qui les concerne, une année tumultueuse.
vendredi 25 septembre 2015
Thorbjørn Jagland et la nobelologie
LES KREMLINOLOGUES auraient fait leur miel de cet "oubli" dans un organigramme officiel. Sur le site tout aussi officiel des prix Nobel, la page présentant les cinq membres du comité norvégien attribuant le prix de la paix ne fait pas mention de l'un d'entre eux, et pas du moindre puisqu'il s'agit de son ex-président, Thorbjørn Jagland.
Mon attention a été attirée sur cette bizarrerie par un tweet posté hier (jeudi 24 septembre) par Alistair Doyle, journaliste au bureau d'Oslo de l'agence de presse Reuters.
Une personne distraite (un webmaster, une secrétaire? à Stockholm, à Oslo?) aurait-elle pu zapper de la sorte un des membres du quintette norvégien? C'est possible mais, tout de même, il y a de quoi s'interroger... D'autant que la page Internet en question n'a pas encore été modifiée à l'heure où je publie ce message (vendredi 25 septembre à 11h30 heure scandinave). Et que l'oubli frappe celui des membres -- ex-Premier ministre, ex-ministre des Affaires étrangères et ex-président du Parlement norvégien, tout de même -- qui a été le plus fustigé, dans son pays et ailleurs, pour certaines décisions du Comité Nobel prises durant sa présidence.
Celle-ci a commencé en fanfare avec l'attribution du prix à Barack Obama (2009), moins d'un an après son entrée à la Maison-Blanche. En 2012, le choix de l'UE a également été contesté en période de doutes grandissants quant à ses objectifs et à son avenir. Pour des raisons différentes, l'attribution du prix au dissident chinois emprisonné Liu Xiaobo (2010) a également suscité une grosse controverse, comme je le rappelle dans mon livre (Histoire du Prix Nobel). Pékin, très remonté contre un Comité qui avait osé ne pas tenir compte de ses avertissements avant l'annonce du prix, a fait payer les autorités et les entreprises norvégiennes pour cet affront. Cela s'est traduit notamment par des pertes de marché pour les businessmen du royaume scandinave.
Le 3 mars dernier, surprise, Thorbjørn Jagland était rétrogradé au sein du Comité, passant du rang de président à celui de simple membre. Un fait inhabituel qui avait fait couler pas mal d'encre à Oslo. D'ordinaire, un président du Comité peut rester à son poste aussi longtemps qu'il le souhaite. Or l'intéressé, également Secrétaire général du Conseil de l'Europe, avait fait savoir qu'il aurait aimé rempiler.
Il n'en fallait pas plus pour alimenter les spéculations quant aux raisons exactes de cette rétrogradation. Certains (comme évoqué dans cet article que j'avais alors écrit dans le journal La Croix) y ont vu un geste politique destiné à amadouer le régime chinois et favoriser la reprise des échanges commerciaux (les Chinois raffolent du saumon...).
Le Comité avait fait le dos rond.
Et voilà que, à deux semaines de l'annonce du Nobel de la paix 2015, Thorbjørn Jagland -- désormais en bisbille avec l'ancien secrétaire du Comité Nobel, Geir Lundestad, qui l'a vertement critiqué dans un livre de souvenirs tout frais -- disparaît par enchantement de la page Internet présentant les membres du Comité (mais pas d'une autre, ce qui semble exclure une disgrâce totale, ouf...). Suspense insoutenable. Je reviendrai sur le sujet lorsque ce mystère aura été élucidé.
Il est temps, après la kremlinologie, de lancer une nouvelle discipline, la nobelologie!
P. S. [ajouté le 26 septembre]: En fait de disgrâce, si l'on peut employer ce terme, c'est plutôt Geir Lundestad qui risque de tomber dedans... Son dernier livre, Secrétaire de la paix, 25 ans avec les prix Nobel (encore non-traduit du norvégien), lui a valu un accueil plus que glacial des membres du Comité Nobel qu'il côtoyait à chacune de leurs réunions, en tant que secrétaire dudit comité. A côté de la tempête (dans un verre d'Oslo) que le livre est en train de provoquer, la disparition de Jagland d'une simple page Internet - encore d'actualité ce jour - n'est qu'une vaguelette. J'espère avoir le temps d'y revenir d'ici peu sur ce blog.
P. S. 2 [ajouté le 9 octobre]: En ce jour d'attribution du prix Nobel de la paix 2015, je constate que le nom de Jagland est réapparu sur la page Internet en question. L'honneur est sauf!
Mon attention a été attirée sur cette bizarrerie par un tweet posté hier (jeudi 24 septembre) par Alistair Doyle, journaliste au bureau d'Oslo de l'agence de presse Reuters.
Amid #NobelPeacePrize furor, this @NobelPrize site oddly forgets #Jagland from the committee http://t.co/esoxngjGD1 pic.twitter.com/GgXAZ1QR8u
— alister doyle (@alisterdoyle) 24 Septembre 2015
Une personne distraite (un webmaster, une secrétaire? à Stockholm, à Oslo?) aurait-elle pu zapper de la sorte un des membres du quintette norvégien? C'est possible mais, tout de même, il y a de quoi s'interroger... D'autant que la page Internet en question n'a pas encore été modifiée à l'heure où je publie ce message (vendredi 25 septembre à 11h30 heure scandinave). Et que l'oubli frappe celui des membres -- ex-Premier ministre, ex-ministre des Affaires étrangères et ex-président du Parlement norvégien, tout de même -- qui a été le plus fustigé, dans son pays et ailleurs, pour certaines décisions du Comité Nobel prises durant sa présidence.
Celle-ci a commencé en fanfare avec l'attribution du prix à Barack Obama (2009), moins d'un an après son entrée à la Maison-Blanche. En 2012, le choix de l'UE a également été contesté en période de doutes grandissants quant à ses objectifs et à son avenir. Pour des raisons différentes, l'attribution du prix au dissident chinois emprisonné Liu Xiaobo (2010) a également suscité une grosse controverse, comme je le rappelle dans mon livre (Histoire du Prix Nobel). Pékin, très remonté contre un Comité qui avait osé ne pas tenir compte de ses avertissements avant l'annonce du prix, a fait payer les autorités et les entreprises norvégiennes pour cet affront. Cela s'est traduit notamment par des pertes de marché pour les businessmen du royaume scandinave.
Le 3 mars dernier, surprise, Thorbjørn Jagland était rétrogradé au sein du Comité, passant du rang de président à celui de simple membre. Un fait inhabituel qui avait fait couler pas mal d'encre à Oslo. D'ordinaire, un président du Comité peut rester à son poste aussi longtemps qu'il le souhaite. Or l'intéressé, également Secrétaire général du Conseil de l'Europe, avait fait savoir qu'il aurait aimé rempiler.Il n'en fallait pas plus pour alimenter les spéculations quant aux raisons exactes de cette rétrogradation. Certains (comme évoqué dans cet article que j'avais alors écrit dans le journal La Croix) y ont vu un geste politique destiné à amadouer le régime chinois et favoriser la reprise des échanges commerciaux (les Chinois raffolent du saumon...).
Le Comité avait fait le dos rond.
Et voilà que, à deux semaines de l'annonce du Nobel de la paix 2015, Thorbjørn Jagland -- désormais en bisbille avec l'ancien secrétaire du Comité Nobel, Geir Lundestad, qui l'a vertement critiqué dans un livre de souvenirs tout frais -- disparaît par enchantement de la page Internet présentant les membres du Comité (mais pas d'une autre, ce qui semble exclure une disgrâce totale, ouf...). Suspense insoutenable. Je reviendrai sur le sujet lorsque ce mystère aura été élucidé.
Il est temps, après la kremlinologie, de lancer une nouvelle discipline, la nobelologie!
P. S. [ajouté le 26 septembre]: En fait de disgrâce, si l'on peut employer ce terme, c'est plutôt Geir Lundestad qui risque de tomber dedans... Son dernier livre, Secrétaire de la paix, 25 ans avec les prix Nobel (encore non-traduit du norvégien), lui a valu un accueil plus que glacial des membres du Comité Nobel qu'il côtoyait à chacune de leurs réunions, en tant que secrétaire dudit comité. A côté de la tempête (dans un verre d'Oslo) que le livre est en train de provoquer, la disparition de Jagland d'une simple page Internet - encore d'actualité ce jour - n'est qu'une vaguelette. J'espère avoir le temps d'y revenir d'ici peu sur ce blog.
P. S. 2 [ajouté le 9 octobre]: En ce jour d'attribution du prix Nobel de la paix 2015, je constate que le nom de Jagland est réapparu sur la page Internet en question. L'honneur est sauf!
Inscription à :
Articles (Atom)