samedi 12 avril 2014

Echappée politique lettonne

CE N'EST PAS tous les jours que l'on peut écrire un article sur la vie politique lettonne sans trop se soucier du manque de place. J'imagine la tête de mes interlocuteurs dans les journaux auxquels je contribue si je leur proposais un papier de douze mille signes sur les rapports de force entre partis et personnalités politiques de Lettonie, sur les manœuvres des uns et des autres, etc. Il est vrai que, dans le genre sujet "grand public", il y a mieux. Heureusement qu'il existe des espaces où l'on peut, de temps à autre, s'épancher – certes pour pas un sou – sur un tel sujet en entrant dans les détails, en laissant la place aux nuances et aux éléments d'enquête glanés au fil des mois. C'était le cas tout récemment dans la revue Regard sur l'Est. Avant de reproduire le début de cet article (et d'inviter les curieux à poursuivre la lecture sur le site de la revue), j'admets volontiers qu'il aurait pu être encore plus complet, encore plus nuancé, encore mieux renseigné. Douze mille signes, finalement, c'est très court...


Incertitudes dans la Lettonie de l’après-Dombrovskis

Le 01/04/2014

Plus de quatre mois après la démission du Premier ministre Valdis Dombrovskis, le nouveau gouvernement reste perçu comme une solution temporaire, en attendant les élections législatives d’octobre. Sur fond de crise russo-ukrainienne, nombreux sont ceux dans le pays qui craignent une montée des tensions ethniques.

Pourquoi et dans quelles conditions Valdis Drombovskis a-t-il démissionné, le 27 novembre 2013? La question reste sans réponse claire et définitive. Même l’entourage de l’ancien Premier ministre en est réduit, comme tant d’autres, à émettre des hypothèses. Si celui qui dirigeait le pays depuis le 12 mars 2009 –un record national de longévité– n’est pas revenu publiquement sur cet épisode, il est possible d’avancer quelques explications plausibles.

Officiellement, l’intéressé a assumé la responsabilité politique de la tragédie qui, six jours plus tôt, venait d’endeuiller le pays[1]: dans l’émotion suscitée par le décès de 54 personnes lors de l’effondrement du toit d’un supermarché de Riga, ce geste fut le plus souvent applaudi. Était-ce pour autant au Premier ministre de démissionner dans un tel contexte, V. Dombrovskis ayant réussi à incarner une certaine stabilité politique dans un pays qui en manquait jusqu’alors? N’aurait-il pas été plus logique et justifié que des personnes directement impliquées dans la conception, l’application et le contrôle de normes portant sur la solidité des bâtiments assument leurs responsabilités?

Au lieu de cela, c’est le principal architecte de la politique économique du pays qui rendait son tablier à un peu plus d’un mois d’une échéance importante justifiant, dans le discours officiel, les mesures d’austérité décidées par son gouvernement: le passage à l’euro, au 1er janvier 2014.   PAR ICI LA SUITE

dimanche 16 mars 2014

De retour d'une marche d'anciens de la Légion lettonne


UN 16 MARS letton encore plus risqué que les précédents, en raison de la tenue le même jour du référendum en Crimée et de la crainte d'éventuelles provocations, pro-russes ou ultranationalistes. L'avertissement avait été lancé par les autorités lettonnes. Pour l'ancien directeur du Bureau de la protection constitutionnelle (sécurité intérieure), il s'agissait même du "plus dangereux" des 16 mars, journée habituellement porteuse de tensions: des Lettons rendent alors hommage à ceux qui, pendant la 2e Guerre mondiale, se sont battus contre les Soviétiques au sein de l'armée allemande. Une "tradition" récente - elle n'a commencé sur le territoire letton qu'après la fin de l'occupation soviétique en 1991 (et pour cause).
Pour éviter tout dérapage le 16 mars, le gouvernement letton a pris l'habitude depuis une dizaine d'années de déployer un important dispositif de sécurité. Et ce, tout du long du parcours du cortège emprunté par les vétérans de la Légion lettonne, leurs proches, leurs sympathisants et ceux qui voient en eux des "combattants de la liberté" ayant pris les armes pour chasser l'occupant soviétique, arrivé en Lettonie depuis l'été 1940.
En ce dimanche 16 mars 2014, policiers anti émeutes, policiers tout courts et membres d'une entreprise de sécurité privée à la tenue quasi-militaire sont mobilisés pour encadrer la marche d'une vingtaine de vétérans, à vue d'oeil, et des leurs. Au total, environ 500 personnes (sans compter les gros bras et les journalistes, priés - pour la 1ère fois - d'endosser des vestes de couleur orange ou jaune identifiées "Presse") se sont rassemblées devant la cathédrale luthérienne de Riga où était donnée une messe en l'honneur des "héros" du jour.


Parmi elles, il y a cette Lettonne de 26 ans au manteau anthracite, Irina Mackus, venue de Sigulda pour offrir un bouquet de fleurs. "L'arrière-grand-père et le grand-père de mon mari se sont battus contre l'armée Rouge. Même s'ils étaient dans l'armée allemande, ce sont des patriotes et je veux remercier ceux qui ont fait comme eux", me dit-elle, tout en reprochant aux médias de "politiser" l'événement. Elle reconnaît avoir "toujours" donné son suffrage au parti ultranationaliste qui siège au gouvernement. Parti qui, à l'exception d'un de ses membres (ministre de la Protection de l'environnement et du Développement régional, démis de ses fonctions depuis), s'est plié à la consigne de la Premier ministre de ne pas assister à l'hommage aux anciens légionnaires.


Précédé d'un porteur de drapeau letton et d'un pasteur, le cortège a arpenté les rues partiellement enneigées de la vieille ville. Avec une nouveauté, me semble-t-il, des pancartes rejetant à la fois le nazisme et le communisme, Hitler et Staline (écoutez 33 minutes de son enregistré tout du long de la marche).
Maintenu à distance, un groupe d'une trentaine de militants "antifascites" arrivés la veille d'Allemagne se fait entendre, sans effet. "C'est inacceptable de rendre hommage à d'anciens SS, en Allemagne on ne fait pas ça", m'avait dit un peu plus tôt Udo Stegemann, venu de Potsdam. Plus loin, ce sont quelques sifflements et slogans ("Fascistes", "Honte") émis par d'autres manifestants qui accueillent les vétérans sur l'esplanade du Monument à la liberté. Cela ne perturbe en rien le dépôt de gerbes.


En contrebas, une petite trentaine de membres de la minorité russe tentent de se faire entendre derrière un double cordon de policiers en vestes jaune fluo.


Je m'approche, parle à un barbu qui arbore sur sa veste un ruban aux couleurs orange et noire. Celles de l'Ordre de Saint-Georges, décoration russe de l'époque tsariste réinstauré après 1991. "Le symbole de l'unité russe", m'affirme en russe Sergejs Matasovs via une interprète. Une unité russe qui, à l'entendre, pourrait aussi englober la Lettonie, jadis sous contrôle tsariste puis, pendant un demi-siècle, soviétique.
Hormis quelques échanges oraux ("Lettons fascistes!" contre "Rentrez chez vous!"), la marche des vieux légionnaires s'est achevée dans un cimetière sans incident particulier. Sans doute à cause d'une météo capricieuse et grâce au déploiement massif de forces de police.


Sans doute aussi parce qu'une bonne partie des deux millions d'habitants de Lettonie, côté letton comme côté "russe", n'ont guère envie de se compliquer la vie avec des histoires anciennes et complexes. En rentrant chez moi à pied dans une ville par ailleurs très paisible, je me prends à espérer que cela durera ainsi, malgré l'Ukraine et tout le reste. Tant que des excités des deux bords n'arriveront pas à être pris au sérieux...

mardi 7 janvier 2014

Lettonie : l'ascension Straujuma


SI UNE FEMME a déjà présidé la République de Lettonie (Vaira Vike-Freiberga, 1999-2007), aucune n'a encore occupé la fonction de Premier ministre, qui concentre le gros du pouvoir exécutif dans ce pays. Laimdota Straujuma semble désormais bien partie pour entrer dans l’histoire nationale par ce biais-là: hier, lundi 6 janvier, le président de la République l'a chargée de former le nouveau gouvernement, après la démission du précédent le 27 novembre. Il ne lui reste plus qu'à obtenir une majorité de voix au Parlement (la Saeima) pour entrer en fonction, ce qui paraît très vraisemblable étant donné les intentions affichées par des partis "amis" et certains éléments exposés plus bas. 
Mathématicienne de formation, cette femme de 62 ans était ministre de l'agriculture depuis 2011, officiellement sans étiquette (voir son CV en anglais). Du moins jusqu'à ce qu’elle adhère au parti L’Unité (Vienotiba), dimanche dernier, juste avant que ses instances dirigeantes ne la proposent au poste de chef du gouvernement occupé précédemment par Valdis Dombrovskis, lui-même membre de L’Unité.

Détail qui n'est pas sans intérêt: Mme Straujuma (photo Wikipedia) a appartenu un temps au Parti populaire de deux ex-Premiers ministres lettons, Andris Skele et Aigars Kalvitis. Parti qui dirigeait le gouvernement lorsque le pays a connu une grosse surchauffe économique, laquelle, cumulée aux effets de la crise financière mondiale, a abouti à la plus lourde chute du PIB de toute l'UE en 2009 (-17,7%).
Les liens entre Laimdota Straujuma et Andris Skele, l'un des oligarques réputés du pays, remontent à longtemps. Il est directeur au ministère de l'Agriculture en 1993 lorsque Mme Straujuma débute sa carrière de fonctionnaire au sein du LLKC, un centre de conseils pour les agriculteurs (détenu à 99% par l'Etat et contrôlé par le ministère de l’Agriculture). Difficile de croire que le plus haut fonctionnaire du ministère n'ait pas approuvé la nomination de cette nouvelle venue au poste de directrice adjointe du LLKC.
Depuis, Andris Skele – et pas seulement lorsqu'il était Premier ministre, de décembre 1995 à août 1997 puis de mai 1999 à mai 2000 – a toujours gardé un oeil sur le secteur agricole, lui qui a bâti une partie de sa fortune sur l'agroalimentaire. Mme Straujuma, elle, quitte le LLKC en janvier 1999 pour devenir secrétaire d'Etat-adjointe au ministère de l'Agriculture (novembre 1999-octobre 2000) puis secrétaire d’Etat au même ministère (jusqu’en décembre 2006).
Qui voit-on défiler, entre autres, au poste de ministre de l’Agriculture durant cette assez longue période? Deux poids lourds du Parti populaire, dont Aigars Kalvitis, qui deviendra Premier ministre entre décembre 2004 et décembre 2007. Puis, pendant plus de six ans, Martins Roze, un responsable de l’Union des verts et des paysans (ZZS), qui n’est autre que le principal parti soutenant un autre oligarque réputé du pays, Aivars Lembergs, dont je reparlerai plus bas.
Dans le gouvernement Kalvitis, Mme Straujuma passe du ministère de l’Agriculture à celui du Développement régional, alors aux mains du Parti populaire. Elle occupe alors le poste de secrétaire d’Etat (janvier 2007-décembre 2010). Puis, lorsque ce ministère est fusionné à celui de la Protection de l’environnement, elle devient secrétaire d’Etat-adjointe (janvier-octobre 2011) dans le gouvernement Dombrovskis. Son ministre est Raimonds Vejonis, un autre cadre de la ZZS. 


Deux remarques avant de passer aux questions:

1/ Les deux ministères au sein desquels Mme Straujuma a œuvré au minimum au rang de secrétaire d’Etat-adjointe durant près de douze années sont deux ministères-clés dans la répartition des fonds européens qui ont afflué dans le pays avant et après son entrée dans l’UE, en mai 2004.

2/ En tant que supérieurs hiérarchiques directs de Mme Straujuma, ces ministres successifs auraient pu l’écarter si elle leur avait déplu, fait de l’ombre ou s’ils avaient eu quelqu’un de plus "utile" à mettre à sa place. On peut même avancer sans grand risque que la probable future Premier ministre a entretenu de bons liens avec les partis politiques de deux oligarques. Continue-t-elle à le faire ? On peut de nouveau l’avancer, du moins en ce qui concerne la ZZS. Le président de la République, qui lui a confié la tâche de former le nouveau gouvernement, a été député de cette formation, actuellement la cinquième plus importante du pays.

La probable consécration d’une femme qui n’a jamais été candidate devant le suffrage universel pose plusieurs questions:

1/ Pourquoi le parti de L'Unité a désigné Mme Straujuma, le 5 janvier, pour être sa candidate au poste de premier ministre, poste qu'il occupait jusqu'à la démission de Valdis Dombrovskis? Mme Straujuma n'a adhéré à L’Unité que le jour de sa nomination. N'y avait-il vraiment personne de plus légitime, de plus ancré au sein du parti, arrivé troisième aux dernières législatives, pour porter ses couleurs? Ou bien pense-t-on à L'Unité que ce poste est un cadeau empoisonné étant donné la faible marge de manœuvre du titulaire d'ici les législatives d'octobre 2014? Le fait que deux personnalités d’un plus grand poids politique aient d’abord été pressenties laisse entendre que le parti ne prenait pas cette nomination à la légère. 

2/ Pourquoi le président de la République, Andris Berzins (photo ci-dessous, source: president.lv), a-t-il approuvé le choix de Mme Straujuma? Ces dernières semaines, il avait rejeté les deux noms sur lesquels L'Unité s'était mise d'accord, exploitant à fond – en tous cas plus que certains de ses prédécesseurs l'article 56 de la Constitution lettonne ("Le gouvernement est formé par la personne qui a été invitée à le faire par le président"). Il avait notamment recalé la candidature d'Artis Pabriks, ministre de la défense dans le gouvernement démissionnaire. Motif avancé par le président: le manque de connaissances de l’intéressé en matière économique. Soit dit en passant, Artis Pabriks est, lui aussi, un ancien du Parti populaire. Parti démantelé en tant que structure depuis 2011 et dont le mentor, Andris Skele, avait échoué à rebondir au sein d'une alliance électorale (Pour une bonne Lettonie) créée en vue des législatives d'octobre 2010 avec Ainars Slesers, un des autres oligarques réputés.


3/ Quel rôle joue actuellement dans les coulisses le troisième oligarque letton, Aivars Lembergs, l'influent et toujours populaire maire du port de Ventspils? Le parti qu'il soutient (et qui le soutient), l'Union des verts et des fermiers (ZZS), semble en passe de réintégrer la coalition gouvernementale, dont il n'est plus membre depuis les législatives de septembre 2011. C'est dans les intérêts d’Aivars Lembergs, tant pour défendre au mieux ses intérêts politiques, économiques et judiciaires que pour avoir son mot à dire dans la répartition des fonds européens. Le président de la République n'aurait rien contre le retour de la ZZS dans la coalition, lui qui a brigué un mandat municipal à Riga sous cette étiquette (2005) avant d’être élu au parlement pour le même parti (2010). Quelle commission parlementaire préside-t-il alors? Celle traitant, entre autres, des affaires agricoles et du développement régional. L'année suivante, ce millionnaire ayant fait fortune dans le secteur bancaire est élu par la Saeima à la présidence de la République. Lui-même a montré qu’il avait su tirer profit, à des fins personnelles, des fonds européens. 

Ces questions en appellent d’autres. Peut-on déjà dire qu'avec la très probable accession au pouvoir de Mme Straujuma, les oligarques, en perte de vitesse depuis quelques années, (et ici), sont en train de prendre leur revanche? Certains l'affirment. Et qu’est-ce qui a vraiment poussé/incité Valdis Dombrovskis à démissionner contre toute attente, le 27 novembre 2013 ? Il a alors expliqué avoir voulu assumer "la responsabilité politique" du drame de Zolitude, cette banlieue de Riga où le toit d’un supermarché s’effondra sur les clients à une heure de pointe, faisant 54 morts. Je tâcherai de revenir ici sur ces points avec des éléments d’explication.

vendredi 13 décembre 2013

Ma musique du vendredi (52): Aarset Bang Ducret Geisse

Quand deux bidouilleurs norvégiens (Eivind Aarset et Jan Bang) rencontrent un joyeux déjanté du manche (Marc Ducret, Fra) et un traficoteur de sons électroniques (Gunnar Geisse, All), ça donne ceci: 


Pour corser la chose, les quatre musiciens jouent en deux endroits différents.
Performances simultanées réalisées à Munich le 13 septembre 2012.

La parole est à l'improvisation!

Source: http://www.youtube.com/watch?v=9bejLa2Yl2E

jeudi 10 octobre 2013

Geschichte des Nobelpreises, the German version looking for a publisher


Here is a translation into German of the introduction of my book Histoire du prix Nobel that was published in France in September 2012. Les Nouvelles Editions François Bourin, the publisher, and I have not given up the hope to see the whole book translated and published in German. May this introduction help to achieve that goal.




EINLEITUNG
Es ist schon spät. Nachmittags in Norwegen lässt die winterliche Düsternis die Fenster in immer undurchsichtigerem grau-blau erscheinen. In der Bibliothek des Nobel-Instituts klappt einer der regelmässigen Besucher sein Buch zu, ein anderer stellt eine Zeitschrift an ihren Platz im Regal zurück und schlüpft in seinen Parka. Man grüsst einander nicht, aber man weiss, die Eifrigsten zumindest wissen es, dass man einander morgens wieder sehen wird, vielleicht schon um 8 Uhr, bei Öffnung der Säle. Von nebenan, einem kleineren Raum, hört man noch den Chefbibliothekar und seine Stellvertreterin rumoren. Bald werden sie das Licht löschen und die schwere Holztür hinter sich verriegeln.



Was, wenn ich diesmal nicht ginge?  Mehr als nur einmal war mir der Gedanke gekommen, mich in einer Nische zu verstecken und einsperren zu lassen. Sicher, es ist nicht sehr vernünftig, die Nacht allein im norwegischen Nobel-Institut zu verbringen. Darüber hinaus gibt es sicher eine Alarmanlage. Bereits in der Eingangshalle ist eine Kamera zu sehen. Und doch… Das Komitee, das alljährlich den weltweit berühmten Friedensnobelpreis vergibt, tagt in ebendiesem Gebäude, nur eine Etage höher. Die Mehrzahl der Unterlagen, die zur Auswahl der Preisträger führen, befindet sich hier, irgendwo im Archiv. Eine Goldmine für Historiker und Forscher, die die Wahl der fünf nachvollziehen und verstehen wollen, wie es zu welchem Beschluss kam.
Bei meinen ersten Besuchen der Bibliothek habe ich zufällig herausgefunden, dass der Schlüssel, den man vom Personal für die Toilette ausgehändigt bekommt, auch eine Tür gleich daneben öffnet. Nach einem nichtssagenden Vorzimmer gelangt man in einen weitaus grösseren, reihenweise mit Bücherregalen und Metallschränken gefüllten Raum. Hier lagern im Halbdunkel schiere Aktenberge, deren Inhalt zu beurteilen endlose Zeit beanspruchen würde. Zurück an meinem Arbeitsplatz fiel es schwer, sich nicht Träumereien über die Schätze an diesem verschwiegenen Ort hinzugeben. Sicher, ein guter Teil davon ist Forschern und Journalisten zugänglich, sofern sie einen mit einem konkreten Projekt begründeten Antrag stellen. Aber wie ist es mit den vertraulichen Akten, die vor indiskreten Blicken geschützt in tiefen Schränken schlummern?
Denn das System, auf dem alle Nobelpreise beruhen – für Frieden, Literatur, Medizin, Physik und Chemie, sowie seit 1969 auch Wirtschaftswissenschaften – ist zwar in seiner Funktionsweise und seinen Regeln transparent. Aber wenn es um die Entscheidungsfindung geht, ist davon keine Rede mehr. Aus welchen Gründen erwählen die für die Verleihung  der renommiertesten der Preise zuständigen Gremien diesen oder jenen Kandidaten, und warum gerade zu diesem Zeitpunkt und nicht jenem? Welche Bedeutung kommt bei diesem Prozess dem subjektiv-menschlichen Faktor zu? Können bei der Auswahl der Ausgezeichneten ideologische Vorlieben, persönliche Feindschaften, freundschaftliche Beziehungen, können prinzipielle Vorbehalte gegenüber Vertretern der einen oder anderen Nation einfach ausgeklammert werden? Nobelpreise werden oft als das Nonplusultra der schriftstellerischen Grösse, der wissenschaftlichen Forschung, als die Krönung eines bedeutenden Engagements dargestellt, doch kann ihre Vergebung nicht objektiv sein. Dieser Aspekt aber, den die folgenden Seiten zu erhellen versuchen, ist nicht dazu bestimmt, ausserhalb der direkt betroffenen Kreise bekannt zu werden. Im Übrigen gibt es keine Protokolle der Beratungen, die in den verschiedenen für die Auszeichnungen zuständigen Komitees stattfinden.
Darüber hinaus haben  handverlesene Forscher und Journalisten erst fünfzig Jahre nach Vergabe der Preise Zugang zu einigen ausgewählten vertraulichen Dokumenten. Diese historische Puffer-Regelung wurde 1973 von der Stiftung eingeführt, die in Stockholm über das Nobel-Imperium wacht. Ein halbes Jahrhundert ist eine lange Zeit. So wird man bis 2062 warten müssen, um zu erfahren, wer 2012 in den verschiedenen Sparten vorgeschlagen, aber nicht auserkoren wurde; von wem die Vorschläge kamen; mit welchen Argumenten die Gremien zu ihren Beschlüssen kamen, usw. Dann aber, in fünfzig Jahren, werden diese Einzelheiten jeder Aktualität beraubt sein und keinen Anlass mehr zu Kritik geben, so sie nicht von einigen tüftlerischen Forschern kommt. Man sollte sich allerdings nicht beklagen: vor 1973 kam es überhaupt nicht infrage, derartig den Deckel vom Nobel-Topf zu lüften. Bis dahin sollte alles im Verborgenen schmoren, und zwar für immer. So viel zur verklärten Vorstellung eines offenen und übertransparenten Skandinavien.




Dass das Handeln dieses Küchenkabinetts jahrzehntelang vor Einblicken von aussen geschützt wurde ist trotzdem aus Sicht der Nobel-Stiftung logisch und verständlich.  Das System der Auswahl beruht auf der Meinung von aussenstehenden Experten, die von den verschiedenen Gremien konsultiert werden. Ihre Berichte zu früh zu veröffentlichen könnte der Karriere ihrer Urheber, insbesondere auf wissenschaftlichen Gebieten, Schaden zufügen. Diese Diskretion hat darüber hinaus zum Ruf der seit 1901 verliehenen  Auszeichnungen für Physik, Chemie, Medizin, Literatur und Frieden (sowie seit 1969 für Wirtschaftswissenschaften) beigetragen. Welcher andere Preis wird mit dieser Inbrunst von Verlagen und Schriftstellern, von der und von der politischen und diplomatischen Gemeinschaft erwartet? Welcher andere vermag es, dank seines Medienechos dem Publikum bislang völlig unbekannte Namen nahezubringen? Nobel ist zu einem Markennamen geworden, einem Synonym für hervorragende Qualität und dauerhaften Ruhm. Für das Hervorragende, im Fall des Friedenspreises sogar das Gute schlechthin, wobei letzterer oft eine sehr westliche Auffassung der Juroren widerspiegelt, die dann kaum mehr den Anliegen des Stifters entspricht und somit den Unmut der Puristen hervorruft.
Die (mit Ausnahme des in Norwegen gekürten Friedenspreises) in Schweden  verliehenen Auszeichnungen wollen in jeder der fünf Sparten die ehren. Oder zumindest was dafür gehalten wird. Denn die Wahl einiger Preisträger war, wie die folgenden Seiten zeigen, nicht unbedingt weitblickend. Andererseits wurden verschiedene Persönlichkeiten verschmäht, obwohl sie durchaus Anrecht auf den Preis hätten geltend machen können. Das bekannteste Beispiel dafür ist Mahatma Gandhi, der für den Friedensnobelpreis wurde.
Menschliche, politische und geostrategische Faktoren kommen wie bereits gesagt ins Spiel. Insbesondere im Fall des für den Friedensnobelpreis zuständigen Komitees. Es besteht nur aus fünf Personen, alles Staatsbürger Norwegens, eines reichen Landes, das in einer freundlich provinziellen Atmosphäre und fern der Sorgen unseres Erdballs selbst zu Europa Distanz hält (wenn nicht gerade, im gewaltigen Ausnahmefall, ein einheimischer und selbsternannter wie Anders Breivik am 22. Juli 2011 im Namen des Kampfs gegen Multi-Kulti zum Terror greift).
Diese fünf  des Wahlgremiums werden nicht immer aufgrund ihrer Kompetenzen in Sachen Aussenpolitik, internationale Beziehungen oder Sicherheit und Abrüstung berufen. Eigentlich immer weniger. Und wenn dann ihr Entscheid fragwürdige Preisträger auszeichnet, ist die Polemik umso lautstarker. Der letzte Fall dieser Art, die Verleihung des Friedenspreises 2009 an Barack Obama, führte zu einer kleinen Legitimitätskrise des Komitees und rief eine Debatte über seine Zusammensetzung hervor. Auch seine Unabhängigkeit kann infrage gestellt warden, so durch China, als der Dissident Liu Xiaobo 2010 den Preis bekam und den Zorn Pekings hervorrief. Man muss allerdings nicht in der Haut der chinesischen Regierung stecken, um sich zu fragen, ob diese Handvoll norwegischer Ex-Politiker am besten in der Lage ist, eine weltweit berühmte Ehrung zu vergeben.
Auch der Nobelpreis für Literatur spiegelt manchmal auf allzu klare Weise die Neigungen jener Mitglieder der schwedischen Akademie wieder, die ihn verleihen. Er ist wohl der subjektivste der sechs Preise des Nobel-Systems, wie es selbst einige Akademiemitglieder einräumten, die ich in Stockholm traf. Aber die lange Liste der Preisgekrönten – ebenso wie jene der nicht Auserwählten – entspricht auch der Mentalität und den verschiedenen intellektuellen Strömungen, die in Skandinavien mehr oder minder im Einklang mit den Moden in den anderen Ländern Europa vorgeherrscht haben. Die langsame Öffnung in Richtung südamerikanischer, asiatischer und afrikanischer Literatur beginnt erst Ende der 60er Jahre. Ganz zu schweigen von dem Platz, den die schwedischen den Frauen zubilligen: Fünfundvierzig Jahre lang, zwischen 1946 und 1991, scheint nur eine Literatin ihrer Preise würdig gewesen zu sein. Auch hier bekommt die Idee Skandinaviens als Vorreiter der Geschlechtergleichheit einige Kratzer ab.




Letztlich bleibt allerdings die Bilanz der Institution Nobel ausserordentlich. Und erfordert, um sie zu verstehen, eine Beschreibung ihrer Anfänge sowie ihres Gründers, des Schweden Alfred Nobel, Erfinder des Dynamits. Was treibt ihn zu Beginn der dazu an, diese Auszeichnungen ausschreiben zu wollen? Die Bekanntgabe seiner testamentarischen Verfügungen hatte einst in Schweden und Norwegen zwiespältige Reaktionen hervorgerufen. Heute können die beiden Länder sich dazu nur beglückwünschen, ruft doch die jährliche Preisverteilung ein gewichtiges und im grossen und ganzen positives Medienecho hervor. Dies betrifft insbesondere die Zeremonien der Preisübergabe am 10. Dezember, Nobels Todestag, in Gegenwart der königlichen Familien.  Das von ihm für die geehrten Personen und die Finanzierung der Verwaltung der Nobel-Maschinerie hinterlassene Vermögen ist ebenfalls Gegenstand von Neugierde. Wie wird es in dieser Zeit der Wirtschaftskrise verwaltet? Ist das in Stockholm und Oslo vermehrt praktizierte Zurückgreifen auf Sponsoren ein Risiko für die Unabhängigkeit der Preise und des , ein Ausdruck, der in sich selbst die Entwicklung in Richtung Kommerzialisierung impliziert? Dies sind einige der Fragen, die in diesem Buch angeschnitten werden sollen. Ebenso wie die zum Teil sehr engen Beziehungen zwischen den Juroren des Nobelpreis für Medizin und den Giganten der Pharma-Industrie.

Letztlich wäre jede Beschreibung der Mechanismen und der Kulissen des Nobel-Betriebs unvollständig, wenn sie nicht dem Menschlichen-Allzumenschlichen Rechnung trüge: somit geht es auch um die Bestrebungen unzähliger bekannter Persönlichkeiten, für sich selbst diese Auszeichnung zu ergattern. Er gilt als Gipfel des beruflichen Erfolgs und als weltweite Anerkennung, mit der nicht selten erhebliche finanzielle Vorteile einhergehen, Grund genug, um die Begehrlichkeit all jener hervorzurufen, die um Anerkennung, Ruhm und  Geld buhlen. Bereits zu Beginn waren die Nobelpreise Anlass zu Kampagnen, um einzelne Kandidaten zu unterstützen. Je grösser ihr Prestige, desto heftiger der Lobbyismus: vom einfachen Höflichkeitsbesuch über die Einschaltung mehr oder minder einflussreicher Mittelsmänner und bis hin zu Geschenken, die Palette der Versuche der Einflussnahme ist breit. Der skandinavische Geist, so zumindest wird in Oslo und Stockholm versichert, ist mit diesen Vorgehensweisen unvereinbar. Was wiederum keineswegs bedeutet, wir werden es sehen, dass die Nobel-Komitees in ihren Entscheidungen unbeeinflusst bleiben.

A. J.




Histoire du prix Nobel
Antoine Jacob 
François Bourin Editeur, Paris, 2012, 240 pages