dimanche 30 août 2015

Étoile en papier d'un "communisme national" letton

Curieux de l'histoire de leur pays, des compagnons lettons me mettent entre les mains quelques exemplaires d'un magazine letton remontant à l'occupation soviétique. Le papier est humide (et pour cause, nous descendons une rivière, il a plu la nuit précédente), les pages cornées collent les unes aux autres, les couleurs ne sont pas de première fraîcheur.

Trois des numéros de cette revue - Zvaigzne (L'Étoile) - remontent à 1961.

A la "une" de l'un d'eux, un visage d'une jeune femme en tenue traditionnelle. Tresses blondes, col blanc et nœud noué autour du cou, nœud rouge comme il se doit, rouge comme les lèvres qu'elle a entrouvertes: Zvaigzne est la revue éditée par le Comité central du Parti communiste letton.



La descente de rivière terminée, je fais une petite recherche sur Internet. Pour tomber sur un article consacré à Zvaigzne, écrit par un historien letton ayant analysé son contenu entre 1956 et 1959, en pleine période khrouchtchévienne. La revue y est décrite comme l'un des principaux véhicules d'un "communisme national" letton, soucieux de perpétuer des valeurs quasi patriotiques et parfois critique à l'encontre de certains travers du régime soviétique.

Inclus dans un volume consacré aux "régimes d'occupation dans les pays baltes, 1940-1991", l'article en question - signé Ilgvars Butulis - est disponible ici dans sa version longue, en letton (pages 697 à 707). Voici son résumé en anglais (les extraits noircis sont de mon fait):

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A Few Expressions of National Communism in the Magazine Zvaigzne (1956–1959)

Ilgvars Butulis

Summary

The paper gives an insight into expressions of national communism in the magazine Zvaigzne (Star) in the period from 1956 to 1959. At that time, the magazine was one of the most important mouthpieces of national communism in Latvia. The author analyses those publications in Zvaigzne that in some way express ideas of national communism. The paper outlines the themes of these materials and the range of expressed ideas.

The paper relies not only on articles, but also on pictures (photographs, reproductions of pieces of art, drawings) and comments to them. An important part of the source basis include transcripts of the meetings of the Bureau of the Central Committee of the Latvian Communist Party. The analysis of these sources allows outlining the major activities of Zvaigzne connected with national communism.

In communication with its readers, the magazine to a large extent avoided the didactic tone. It spoke a language untypical for a Soviet publication and depicted the daily life or ordinary citizens. Zvaigzne no longer strictly observed the hierarchy and treated even the highest authorities in a down-to-earth manner. The freer way of thinking of the magazine’s editors manifested itself also in a new approach to the depiction of the woman, without shunning elements of eroticism. The magazine was not even afraid to address painful social ailments; it showed the harsh life in collective farms, the disastrous situation in commerce, and contemplated the declined level of social culture. The image of the leader, the chairman that emerged from its pages was not at all flattering to the nomenclature.

Speaking about Latvia’s history, Zvaigzne specially focussed on proto-history and the Red Latvian Riflemen, underlining the specifics of the national history and cultivating love for the Fatherland. The magazine was the first press publication in Latvia at that time that dared openly to mention the deportations of 1949. In numerous articles and pictures on cultural and historical monuments the publicists of Zvaigzne called for rejection of the nihilistic attitude towards the heritage of the past, for organisation of its protection and for enlarging the borders of cultural heritage. The published pictures and articles cultivated traditions of national festivities: song festivals, wedding customs and especially the Midsummer celebrations.

The depiction of Latvia’s nature almost developed into idolatry under the slogan “Look at the beautiful Latvia and admire it!” Materials on art occupied an important position in the propaganda of national communist ideas. Publications on fine and applied arts to a large extent built the Latvian-in spirit environment of the magazine, called for rejection of the narrow understanding of realism underlining as the key values the national character and modernity of art. Articles and pictures on architecture also advocated modernity and national traditions. Materials dedicated to theatre called for brilliant theatricality and open combat of the shortcomings and negative features of the society.

Remaining typical representatives of their time and environment and without leaving the concepts and frameworks of socialism, authors of the magazine Zvaigzne advocated a more Latvian and democratic model of socialism than the official Soviet Russian-style stereotype of socialism.


[In OCCUPATION REGIMES IN THE BALTIC STATES 1940–1991. Symposium of the Commission of the Historians of Latvia, Volume 25; Research of the Commission of the Historians of Latvia, 2008
and Proceedings of the International Conference “Occupation Regimes in the Baltic States (1940–1990): Research results and problems”, 30–31 October 2008, Riga
]


*  *  *

Me reviennent alors à l'esprit des choses lues ou entendues il y a déjà pas mal d'années. Une fois passée la fureur stalinienne, des leaders communistes lettons tentèrent - après la mort en 1953 du camarade Iossif Vissarionovitch Djougachvili - de promouvoir des mesures visant à préserver des valeurs "nationales". Tentèrent aussi de réduire l'arrivée de migrants en provenance du reste de l'URSS, de freiner la russification en cours.

Dans ma bibliothèque, je pioche Latvia in Transition, publié en 1996 au Cambridge University Press. L'auteur, Juris Dreifelds, professeur canadien d'origine lettonne, évoque ce courant "national" au sein du PC letton, animée par Eduards Berklavs, alors vice-président du Conseil des ministres de la République soviétique de Lettonie. Pour plus de détails, l'extrait du livre de Dreifelds est à lire ici (en anglais).

Berklavs, tout comme le 1er secretaire du PC letton, Jānis Kalnbērziņš, et quelque 2 000 autres "communistes nationaux", furent écartés en 1959. Une purge qui n'empêcha pas la parution en 1961, à la "une" de Zvaigzne, du visage - certes radieux, contemplant un avenir forcément meilleur encore - d'une mystérieuse femme en costume traditionnel letton.

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D'autres "unes" du même magazine:


1961
 

 
1961



1973

samedi 7 février 2015

Un Telegraf à optique européenne

Journal en russe de Riga, Telegraf est à nouveau disponible dans les kiosques. De quotidien il s'est mué en mensuel, après une interruption de près d'un an pour cause de difficultés financières.


La "une" du 1er numéro de Telegraf nouvelle mouture est sobre: Poutine et la Lettonie. Pas de chef du Kremlin arborant des moustaches à la Hitler, comme ce photomontage publié au 1er semestre de 2014 par un hebdomadaire en langue lettonne, Ir, que j'ai connu plus inspiré. Le dossier de "une" de Telegraf, lui, relate l'évolution des relations entre les dirigeants lettons et le président russe depuis son arrivée au pouvoir. Mes (mé)connaissances en russe étant ce qu'elles sont, je n'ai pas pu me faire une idée plus précise quant à son contenu.

Rencontré un de ces soirs, Andrejs, l'un des responsables du mensuel, me dit que le magazine campera sur une ligne "proeuropéenne", au diapason de celle qui était généralement la sienne durant sa première vie de journal quotidien, inaugurée en septembre 2001. C'est ainsi que Telegraf s'ouvre sur un entretien de quatre pages avec Inna Steinbuka, la chef de la représentation de la Commission européenne en Lettonie.



Selon Andrejs, ce choix "proeuropéen" assumé prive le journal d'une bonne partie de son lectorat potentiel, plus prompt à adopter une grille de lecture de l'actualité faisant écho à celle en vigueur à Moscou. A défaut de pouvoir vérifier un tel penchant en cette période de grande prudence parmi les Russes de Lettonie, j'ai acheté mon exemplaire de Telegraf, en espérant que le journal subsistera longtemps. Fort besoin de pluralisme dans les médias de Lettonie, y compris sur le versant russophone.

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Encore faut-il pouvoir se l'offrir. A 1,49 € l'exemplaire (de 64 pages), ce n'est pas la fin du monde, certes, et un abonnement annuel revient à 10 €. Mais, comme pour tout journal acheté en Lettonie, cela représente un petit budget dès lors qu'on ne gagne que le salaire minimum (360 € bruts par mois) ou un peu plus.



Ce n'est pas la hausse des prix des transports en commun dans Riga qui améliorera la chose. Le passager étourdi ou pressé doit, depuis le 1er février, débourser 2 € pour s'offrir un billet de bus/trolleybus/tram lorsqu'il n'a d'autre choix que de l'acheter à bord, auprès de la personne le conduisant. Soit plus cher qu'un billet vendu à l'unité dans le métro parisien (1,80 €). Heureusement pour eux, retraités, étudiants et autres membres de familles nombreuses sont à peu près épargnés (cf. la grille de tarifs). Mais gare à l'oubli chez soi de sa carte de transports prépayés (qui met le voyage - pour une personne adulte en activité - à 1,15 €, tout de même). D'autant que les contrôles sont relativement fréquents. Un dernier détail: pour tout animal de compagnie, le ticket revient à 1,50 €...

lundi 27 octobre 2014

Dans une ancienne base aérienne de Lettonie



Des kilomètres de grillages agrémentés de barbelés, quelques rares vigiles, dont un logé dans la tour de contrôle qui vous envoie vers un autre, à l'autre bout de l'aérodrome. Discussion avec le moustachu en question à travers les barreaux d'un portail coulissant. Une bonne raison de frapper là. Le mécanisme s'enclenche. Le quinquagénaire qui l'a activé de l'intérieur n'est finalement pas mécontent d'avoir de la visite.

Les journées doivent être longues dans cette ancienne base aérienne soviétique de Tukums, dont l'existence remonte aux années 1930. Rebaptisée aéroport de Jurmala et dotée d'un terminal moderne légèrement démesuré, l'installation n'est guère fréquentée.


L'"aéroport" reçoit quelques jets privés par semaine, parfois moins, dit le placide vigile.
Rase campagne avec pour seuls voisins visibles quelques fermes isolées et une caserne désaffectée.
On imagine l'activité hivernale.


Ce jour-là, aucun vol ne semble attendu. Le parking et les hangars de service sont déserts. Sur le tarmac, le vent souffle plus qu'ailleurs. A l'horizon, des forêts noirâtres tapies sous le ciel de Zemgale.
Garés près de la piste d'atterrissage longue de 2500 mètres, trois coucous, dont un Yak-40 en piètre état apparent.









Un peu plus loin, deux autres appareils dont je n'ai pas retenu les noms (tout renseignement bienvenu via l'espace réservé aux commentaires).

UN PETIT...






... ET UN GRAND...


 




A l'une des extrémités de la piste d'atterrissage, derrière de lourdes portes jaune vif, d'autres appareils dorment à l'ombre. D'anciens avions militaires ayant volé pour le compte du Pacte de Varsovie ou ses alliés. Autant de pièces en attente, nous dit-on, de l'ouverture probable d'un musée.







lundi 11 août 2014

L'ancien siège du KGB à Riga (son & photos)


En Lettonie, l’ancien siège du KGB est ouvert au public pour la première fois depuis la fin de l’occupation soviétique de ce pays balte. L’occasion pour les visiteurs de découvrir ou de se remémorer, en principe jusqu'au 19 octobre, un lieu et un épisode sinistres d’une histoire encore récente.

Le lieu a ouvert ses portes le 1er mai, dans le cadre du programme de Riga 2014, la ville lettonne étant l'une des deux capitales européennes de la culture cette année. Je m'y étais rendu peu après l'ouverture, en compagnie de Gints Grube, responsable de la partie du programme consacrée à (ou ayant lieu dans) la rue Brivibas sur laquelle se trouve l'ancien siège du KGB. Une dépêche récente de l'AFP, signée de son correspondant dans le pays, Mike Collier, a attiré l'attention de la rédaction de RFI, qui m'a demandé de parler de cet événement pour son émission Bonjour l'Europe. Voici la petite discussion que j'ai eue ce 11 août avec le présentateur (son "lancement" n'est pas de moi). Le son est par endroits un peu déficient, toutes mes excuses, c'est la faute au réseau téléphonique sans fil... Vous trouverez, au-dessous de la vidéo-son, une bonne partie du contenu et quelques-unes des photos que j'avais prises pour illustrer le sujet. Lequel demande à être vu et ressenti sur place.

video




 Comment se présente le bâtiment et que voit-on?
C’est un immeuble de six étages, un immeuble Art nouveau assez stylé. Le KGB s’était installé là en 1940, au croisement de ce qui était alors la rue Lénine et d’une autre rue du centre de Riga. D’où le surnom donné à ce bâtiment: Stūra māja, "la Maison du coin". Cela évitait aux habitants d’avoir à prononcer le mot KGB, qui était tellement redouté. Et on comprend bien pourquoi lorsqu’on visite l’immeuble. Des dizaines de petites cellules peuplent le sous-sol. C’est là que les gens arrêtés par la police politique soviétique attendaient leur interrogatoire ou leur déportation vers la Sibérie. Il suffisait parfois d’une simple dénonciation pour se retrouver là, comme le rappellent les panneaux explicatifs installés dans l’entrée. Toujours au rez-de-chaussée, on voit la pièce qui a servi pendant un certain temps de chambre d’exécution.









Est-ce qu’il y a beaucoup de visiteurs? Comment réagissent-ils?
Oui, il y a du monde, dont pas mal de touristes étrangers. Riga est l’une des capitales européennes de la culture cette année. Les réactions varient. Des personnes âgées originaires de Lettonie tombent en larmes en visitant le lieu, certaines y ont été détenues. D’autres semblent si bien connaître les lieux qu’on se demande si elles n’ont pas travaillé là pour le KGB. On croise aussi des familles. Pas mal de jeunes découvrent là l’un des pires travers de l’occupation soviétique,  ça leur ouvre les yeux. En revanche, des visiteurs venus de Russie voisine ont du mal à croire à ce qu’ils voient. Certains affirment même que tout ça n’est que propagande antirusse, en cette période de tension entre l’Ouest et Moscou.



L’exposition se termine en octobre. Et ensuite, qu’est-ce que va devenir l’immeuble ?
C’est un point d’interrogation. L’Etat letton n’a pas encore décidé ce qu’il allait en faire. Après le retour à l’indépendance, en 1991, l’immeuble avait hébergé le QG de la police lettonne jusqu’en 2008. Depuis, il était inoccupé, là, sur l’un des grands axes de Riga. Il est possible qu’il redevienne une coquille vide, en attendant des investisseurs qui pourraient en faire des bureaux. A moins qu’un musée n’y soit ouvert en permanence. L’idée est dans l’air. Certains, dont pas mal d’intellectuels et d’artistes, souhaitent qu’on puisse y perpétuer la mémoire d’une époque dont l’histoire n’a pas encore été complètement écrite. Avec ses zones d’ombre, ses ambiguïtés aussi, puisque un nombre indéterminé de Lettons ont collaboré avec le KGB.





Je n'ai pas eu le temps d'en parler dans mon billet radio: à voir, dans les étages supérieurs de l'immeuble, là où travaillait encore la police lettonne il y a une demi-douzaine d'années, plusieurs expositions autour du totalitarisme et ses effets, la déportation en Sibérie avec, notamment, les quelques objets emportés par des Lettons. 


mardi 3 juin 2014

La ligne des glaces, glissades imaginaires ou pas


ÉTÉ. Ainsi intitulée, la troisième partie de La ligne des glaces, rayonnante, s'avale aux termes d'une traversée plus sombre de celles qui la précèdent, Gel et Dégel. C'est à dessein, on l'imagine, que l'auteur de ce roman paru en avril y fait glisser ou patauger près de 250 pages durant le lecteur, lequel assiste à la pénible adaptation du personnage principal (Samuel Vidouble, le narrateur) dans une contrée septentrionale, affectation supplémentaire après Istanbul et d'autres lieux. A 25 ans seulement.


Samuel, géographe, est volontaire international. Peu après son arrivée, l'ambassade de France lui confie une mission ayant trait à une délimitation de frontières. Mission éminemment importante, lui fait-on comprendre, bien que si tel avait été le cas, elle ne lui aurait sans doute jamais échu. Détail sans importance. Ce n'est là que prétexte à une dérive dans ce pays, "espèce d'archipel chimérique inventé par un idiot et situé dans un angle mort de l'Europe". Samuel, découragé par les obstacles inhérents à sa tâche, sombre dans un spleen hivernal rythmé de cuites avec un linguiste suisse à "la tête sortie tout droit d'un tableau du Greco" et de rencontres vite frustrantes avec une certaine Néva. On croise aussi des spectres plus ou moins inquiétants au fond de passages sous-terrains ou sur des trottoirs-patinoires. 
Cette ville, on en découvre les contours impressionnistes avec le narrateur, au fil du journal de bord qu'il tient, "seule solution [pour] conjurer ce pénible sentiment de vivre nulle part et hors du temps". Les chapitres sont courts, parfois d'une ou deux pages à peine, le temps d'une énième glissade incontrôlée. La ville est inconnue de Samuel mais, sans révéler un grand secret, elle ne l'est pas de l'auteur, Emmanuel Ruben. Si mon compte est bon, il devait avoir environ 25 ans lorsqu'il séjourna à Riga. Nous nous y sommes croisés à quelques reprises.


Tandis que la ville a tous les atours de Riga, le pays incarné dans le roman, une certaine Grande-Baronnie, n'est que partiellement la Lettonie. Il compte des îles et des îlots baignés par la Baltique qui l'apparenteraient plus à l'Estonie, de hautes dunes qui nous renverraient au littoral lituanien. Par endroits, la focale se fait plus nette, précise, mordante, lorsque Emmanuel Ruben, via son narrateur (son double?), esquisse l'un des épisodes les plus noirs du passé de cette soi-disant contrée imaginaire, avec des allusions directes à l'histoire lettonne. Un passé qui, apprend-on, n'est pas sans... Inutile d'en dire plus. Ce qui préoccupe le narrateur jusqu'à tourner à l'obsession est sans doute l'une des clés (la principale?) du roman.

Surgit alors É. Cette ultime partie, qui glisse du road-movie littéraire au récit onirique, a été écrite plus tard par un Samuel "bien décidé à en finir". L'indécrottable linguiste suisse est encore de la partie, qui l'emmène dans un pays transfiguré par cette saison aussi courte qu'intense et par les rites païens du solstice de juin ("Liiigouooo, Liiigouoooo", chantent à tue-tête les trois naïades qui les accompagnent). Samuel s'isole sur les hautes lagunes, se perd, fait un rêve étrange, un de plus, arpente des galets avec une jeune fille rousse et maigrelette, "yeux de sphinx", qui lui raconte une légende. La ligne des glaces fond, l'espace d'un moment.


Emmanuel Ruben, La ligne des glaces, Payot Rivages, Paris, 2014, 317 pages (premier volet d'une trilogie annoncée par l'auteur)

vendredi 2 mai 2014

Ma musique du vendredi (53): Isabel Sörling


Jusqu'à récemment et peut-être encore aujourd'hui, elle vivait à Paris. De loin, sans ne l'avoir jamais rencontrée, Isabel Sörling semble se chercher, à moins qu'elle n'aime multiplier les expériences musicales diverses (par goût? nécessité? pour brouiller les pistes?).
J'ai choisi le morceau suivant pour commencer. Pourquoi "Marfloa"? Pour l'enregistrement en plein air, dans l'apesanteur d'un été nordique, la nature sans obstacle qui donne cette sonorité si particulière, soyeuse, dénudée, aux instruments, pour le dialogue contrebasse-trompette du début et la complainte miaulée par Isabel Sörling (sans effrayer les oiseaux!), et pour le contraste avec l'épilogue qu'on peut imaginer enregistré au frais dans l'église du coin: 




Composition du trompettiste norvégien Kim Aksnes, filmée à Austrått, en Norvège.


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Pour en savoir plus sur cette chanteuse "repérée en 2010 dans un club de jazz parisien" par Ibrahim Maalouf:



Je suis peu emballé par le tournant légèrement pop nappée de violoncelles qu'Isabel Sörling semble avoir pris récemment (si je me trompe, tant mieux). Alors je terminerai avec la vidéo suivante, qui me semble bien compléter ce bref portrait musical:


samedi 12 avril 2014

Echappée politique lettonne

CE N'EST PAS tous les jours que l'on peut écrire un article sur la vie politique lettonne sans trop se soucier du manque de place. J'imagine la tête de mes interlocuteurs dans les journaux auxquels je contribue si je leur proposais un papier de douze mille signes sur les rapports de force entre partis et personnalités politiques de Lettonie, sur les manœuvres des uns et des autres, etc. Il est vrai que, dans le genre sujet "grand public", il y a mieux. Heureusement qu'il existe des espaces où l'on peut, de temps à autre, s'épancher – certes pour pas un sou – sur un tel sujet en entrant dans les détails, en laissant la place aux nuances et aux éléments d'enquête glanés au fil des mois. C'était le cas tout récemment dans la revue Regard sur l'Est. Avant de reproduire le début de cet article (et d'inviter les curieux à poursuivre la lecture sur le site de la revue), j'admets volontiers qu'il aurait pu être encore plus complet, encore plus nuancé, encore mieux renseigné. Douze mille signes, finalement, c'est très court...


Incertitudes dans la Lettonie de l’après-Dombrovskis

Le 01/04/2014

Plus de quatre mois après la démission du Premier ministre Valdis Dombrovskis, le nouveau gouvernement reste perçu comme une solution temporaire, en attendant les élections législatives d’octobre. Sur fond de crise russo-ukrainienne, nombreux sont ceux dans le pays qui craignent une montée des tensions ethniques.

Pourquoi et dans quelles conditions Valdis Drombovskis a-t-il démissionné, le 27 novembre 2013? La question reste sans réponse claire et définitive. Même l’entourage de l’ancien Premier ministre en est réduit, comme tant d’autres, à émettre des hypothèses. Si celui qui dirigeait le pays depuis le 12 mars 2009 –un record national de longévité– n’est pas revenu publiquement sur cet épisode, il est possible d’avancer quelques explications plausibles.

Officiellement, l’intéressé a assumé la responsabilité politique de la tragédie qui, six jours plus tôt, venait d’endeuiller le pays[1]: dans l’émotion suscitée par le décès de 54 personnes lors de l’effondrement du toit d’un supermarché de Riga, ce geste fut le plus souvent applaudi. Était-ce pour autant au Premier ministre de démissionner dans un tel contexte, V. Dombrovskis ayant réussi à incarner une certaine stabilité politique dans un pays qui en manquait jusqu’alors? N’aurait-il pas été plus logique et justifié que des personnes directement impliquées dans la conception, l’application et le contrôle de normes portant sur la solidité des bâtiments assument leurs responsabilités?

Au lieu de cela, c’est le principal architecte de la politique économique du pays qui rendait son tablier à un peu plus d’un mois d’une échéance importante justifiant, dans le discours officiel, les mesures d’austérité décidées par son gouvernement: le passage à l’euro, au 1er janvier 2014.   PAR ICI LA SUITE