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lundi 19 septembre 2011

Lettonie: pourquoi le parti des russophones arrive en tête

Et ce qui devait arriver arriva. Le principal parti de l'importante minorité russe de Lettonie a obtenu le meilleur score aux élections législatives. Ca s'est passé samedi, le 17 septembre, journée qui devrait rester dans l'histoire encore courte de cet Etat, 20 ans après son retour à l’indépendance.


Il serait tentant de commencer par esquisser les retombées des élections sur les relations entre la Lettonie avec d'un côté la Russie, de l'autre l'Ouest (pour faire vite). Mais il ne me paraît pas inutile de revenir avant sur quelques faits pour expliquer les résultats de samedi.


S'il arrive pour la 1ère fois en tête, le principal parti de la minorité russophone (d'origine russe, donc, mais aussi biélorusse et ukrainienne) n'a que relativement peu progressé par rapport aux dernières législatives, tenues en octobre 2010. Le Centre de l'harmonie, c'est son nom, est passé de 26% à 28,3% des voix.

Cela s'explique notamment par la quasi disparition de l'autre parti de la minorité, le PCTVL, qui est passé entre-temps de 1,43% à 0,78% des voix. Le Centre de l'harmonie a également profité d'une légère baisse du taux de participation (60,5% contre 63% il y a un an), qui a semble-t-il surtout affecté les partis "lettons".


Pourquoi le Centre de la concorde devance-t-il les autres? Il y a différentes raisons:


- ce parti n'a jamais participé à un gouvernement depuis le retour de la Lettonie à l'indépendance en 1991. Il a donc l'avantage de ne pas avoir eu à mettre les mains dans le camboui du pouvoir au niveau national. Aux yeux de la minorité russophone, en particulier, il ne porte pas la responsabilité des mesures d'austérité qui ont suivi la crise profonde de 2008, adoptées en échange de l'aide financière internationale.

En dépit de cette virginité, il ne semble pas que ce parti ait grignoté sur l'électorat "letton-letton". Dans ce pays, on continue à voter pour son camp ethnique, comme par réflexe. Il y a encore trop de mauvais souvenirs, trop de points de discorde, de ressentiments pour qu'il en soit autrement. En d'autres mots, il est encore trop tôt.


- ce parti attire donc quasiment tout l'électorat de la minorité russophone, qui n'imagine pas encore voter pour des partis "lettons-lettons". Ce réflexe communautaire n'est pas près de s'estomper tant que le camp opposé n'aura pas à accorder plus de droits à la minorité, et en particulier celui de voir sa langue (le russe) élevée au rang de langue officielle du pays, au même niveau que le letton. Cette question de principe n'est pas à l'ordre du jour des gouvernements qui se sont succédé à Riga, précisément parce que les Lettons de souche se sentent encore menacés dans leur identité par cette importante minorité active.


- le camp "letton-letton" (les Lettons de souche, de langue maternelle lettone) s'est fragmenté en raison de l'émergence du parti de l'ancien président Valdis Zatlers, qu'il a créé en juillet, peu après la fin de son mandat. J'en avais alors parlé sur ce blog à l’occasion du lancement d’une procédure de dissolution du parlement par le même Valdis Zatlers, fait inédit dans l’histoire lettone. Quelles que soient les raisons réelles qui l'ont poussé à lancer son parti, le fait est qu'avec son score de 20,8%, le président sortant a grandement contribué à affaiblir la formation de Valdis Dombrovskis (18,3%), le premier ministre sortant, qui s’adresse au même électorat letton de souche, tendance plutôt modérée.


Quelles seront les conséquences des résultats de samedi?


- Tout d'abord, rien ne dit que le Centre de l'harmonie parviendra à entrer dans le gouvernement. En dépit (ou à cause) de son avance de près de huit points sur le 2e du scrutin, il reste considéré comme peu fréquentable par les autres partis. Pour différentes raisons liées au passé, au partage du pouvoir, au patriotisme (parfois plus feint que réel), aux principes, etc.

Seuls L'Union des verts et des paysans (ZZS, 12,2% des voix) de l'un des trois oligarques lettons et, peut-être, le nouveau parti de Valdis Zatlers (20,8%) seraient prêts à collaborer avec lui au sein d'une coalition gouvernementale. Mais cela paraît d'autant moins réaliste que le rapport des forces actuel penche trop en faveur du parti russophone. A moins que celui-ci ne réclame moins de ministères qu'il serait en droit d'obtenir et ne se contente que de portefeuilles non-stratégiques. A suivre donc.


- Ensuite, peut-on voir dans le vote du 17 septembre une volonté des Lettons de se rapprocher de Moscou ou de s’arrimer à la Russie en tournant le dos à l’Europe ? J’ai entendu cet argument ces derniers jours. C’est une vision un peu manichéiste qui ne tient pas compte de la réalité lettone. On ne peut pas parler d’un électorat letton en tant que tel. Il y a l’électorat letton de souche et l’électorat letton russophone.

Le 1er, qui est majoritaire dans le pays, n’a aucune envie de tourner le dos à l’Europe, même s’il peut regretter le peu d’investissements de pays de l’UE (hormis les nordiques) dans une économie locale qui en aurait grand besoin. Ce qui n’empêche pas certains Lettons de souche à la vue basse de vouloir gagner plus d’argent en développant le business avec des entreprises russes, au risque d’accroître la dépendance du pays vis-à-vis du grand voisin.

Pour l’électorat russophone, c’est plus compliqué. Hormis une frange de nostalgiques de l’époque soviétique et de partisans d’un rapprochement avec la Russie, il n’a pas particulièrement envie de dépendre du pouvoir moscovite. Mais ces Lettons-là sont culturellement proches de la "mère patrie" voisine, ils sont branchés sur la télé russe de Russie et voudraient voir leur langue maternelle obtenir le statut de 2e langue officielle au côté du letton. Pour eux, il est naturel de regarder vers l’Est, même si les plus éduqués d'entre eux comprennent qu’un régime "à la russe" a des inconvénients, notamment en termes de liberté d’expression. Le fait que le Centre de l’harmonie soit lié par un accord politique au parti dépendant de Vladimir Poutine a de quoi inquiéter les Lettons de souche. D’où les négociations pour éviter l’entrée de ce parti dans la future coalition gouvernementale lettone.


- De l’issue de ces négociations dépendra l’attitude de Bruxelles et des grandes capitales européennes. Le premier ministre sortant, Valdis Dombrovskis, bénéficiait d'une certaine confiance au sein de l'UE et du FMI, qui voyaient en lui le garant d'une certaine stabilité politique et financière. Avec lui, ils étaient à peu près sûrs que les engagements de l'Etat letton pour sortir de l'ornière seraient tenus, même si le coût social est lourd (départ de Lettons vers l’étranger, chômage, appauvrissement, etc.). Dombrovskis faisait le sale boulot exigé par les créditeurs. S’il n’est pas reconduit (scénario possible), qu’adviendra-t-il de cette crédibilité, avec quelles conséquences? A suivre là aussi.


Je reviendrai plus tard sur un autre aspect du scrutin de samedi, le sort réservé aux oligarques lettons.

vendredi 31 décembre 2010

Tere euro!, dit l'Estonie

Who cares? Ce ballet créé par Balanchine sur une musique de Gershwin sera l'un des clous du bal du Nouvel An qui, à l'opéra de Tallinn, marquera la fin de l'année 2010 et l'entrée, au 12e coup de minuit, de l'Estonie dans la zone euro.
Etrange choix, ce Who cares? Non pas sur le plan musical (j'aime bien Gershwin). Mais à cause de la symbolique du titre du ballet, qui sera présenté ce soir juste avant minuit, en présence du gratin politico-mondain d'Estonie et des premiers ministres des trois Etats baltes.
J'ai du mal à croire que ce choix n'ait pas une signification particulière. Mais lequel? Who cares? Qui s'en fout? De qui, de quoi?
J'imagine que, dans la tête des Estoniens ayant sélectionné cette oeuvre, on aimerait bien répondre de la sorte aux commentaires moqueurs et aux élans de surprise que suscite, ici et là, l'entrée de ce pays balte dans une zone monétaire, il est vrai, passablement bousculée...
J'ai relevé quelques titres d'articles sur internet:
- Ils sont fous ces Estoniens!
- L'Estonie s'éloigne de Moscou en adoptant l'euro au pire moment
- Welcome, Estonia, to flawed euroland

* * *

J'admets que, vu de loin, cette adhésion estonienne à la zone euro peut paraître à contre-temps (euphémisme) ou suicidaire (exagération). J'ai essayé, dans un article publié ce matin par La Croix, d'expliquer et de mettre en perspective le ralliement de l'Estonie. A chacun de se faire son opinion.


A mon avis, ce pays n'avait guère d'autres choix que de s'arrimer à l'espace monétaire européen. Une devise comme la kroon, la couronne estonienne, peut-elle survivre à terme dans un monde de plus en plus global? Sur quelles bases? Imaginez que l'économie estonienne ne génère que 600 000 emplois. Et le pays a beau se prévaloir d'un bilan étonnant en matière de déficit budgétaire et d'endettement public, celui-ci n'est pas à l'abri de soubresauts venant de l'extérieur. Bien qu'individualiste par caractère, je dois reconnaître que bien souvent, l'union fait la force...
Je comprends aussi fort bien que les Estoniens voient dans cette appartenance à la zone euro une assurance supplémentaire face au grand voisin russe dont on ne sait toujours pas comment il évoluera. C'est là l'une des, si ce n'est LA principale raison qui explique la volonté estonienne de rejoindre le noyau dur de l'UE, en dépit des incertitudes actuelles quant à son avenir.

* * *

Dans le même temps, j'entends bien quelques-uns des arguments des rares militants eurosceptiques estoniens. Celui que j'ai rencontré il y a quelques jours à Tallinn (Anti Poolamets) a tout d'un Zébulon provocateur qui se stimule en débitant à haute voix des rafales d'idées et de formules. Le voici posant devant une des affiches de son cru, assimilant la zone euro au Titanic:


Si j'ai du mal à ne pas tiquer en l'entendant comparer l'euro au rouble soviétique et les eurocrates aux affidés de Vladimir Poutine, je reconnais qu'il n'a pas tort sur d'autres points, même si ses arguments peuvent souvent être contrés.

Oui, le gouvernement estonien tait les aspects négatifs de l'abandon de la devise nationale (mais ça ne veut pas dire qu'il n'en est pas conscient... et puis c'est de bonne guerre, il ne va pas clamer sur tous les toits que le pays s'apprête à monter à bord d'un rafiot en difficulté).

Oui, il n'a pas consulté la population sur cette étape importante (mais l'adhésion à l'euro était prévue par le traité d'adhésion à l'UE), qui plus est à un moment très délicat dans la courte histoire de la monnaie européenne.

Oui, le passage à l'euro peut paraître imposé d'en haut (mais les députés estoniens qui ont approuvé cette décision n'ont-ils pas été élus par le peuple?).

Oui, les Estoniens ont dû, une nouvelle fois, se serrer la ceinture pour que le gouvernement puisse présenter un dossier de candidature acceptable par les membres de la zone euro.

Oui, les billets de banque estoniens sont esthétiquement plus réussis que les euros. Sans parler de la symbolique de l'indépendance qu'ils véhiculent (la kroon a été créée en 1992, juste après la sortie de l'URSS).


* * *

Pour l'instant, des gens comme Anti Poolamets semblent prêcher dans un désert (blanc) d'indifférence ou de lassitude. Dans les bourrasques de neige qui soufflent sur cette contrée, il y a une petite voix qui siffle "puisque la décision est prise et que l'Europe nous ouvre les portes de l'euro, allons-y, on verra plus tard". Depuis des mois, d'ailleurs, les Estoniens s'y préparent sans trop se poser de questions, notamment en affichant les prix des produits en couronnes et en euros, comme à la cafétéria de l'université de Tallinn:


La monnaie européenne est loin d'être la panacée. De toute façon, il n'existe pas de solution magique ni parfaite. Il est donc probable qu'une fois le pays entré dans la zone euro, les arguments eurosceptiques gagneront en popularité parmi les Estoniens. Il sera alors temps d'en reparler.
En attendant, le moment est venu de dire Tere euro!... Salut l'euro!

samedi 22 mai 2010

Tallinn-Turku: objectif 2011

Les préparatifs vont bon train à Tallinn comme à Turku. En 2011, les deux villes baignées par la Baltique seront les "capitales européennes" de la culture. L'occasion pour elles de montrer ce qu'elles ont dans le ventre.
En reportage à Tallinn ces trois derniers jours, j'en ai profité pour prendre des photos entre deux rendez-vous, histoire de donner un avant-goût de la vieille ville et des alentours immédiats à celles et ceux qui envisagent de s'y rendre l'an prochain.

Site de Tallinn 2011
Site de Turku 2011

















jeudi 22 avril 2010

En remontant les rues d'Oslo

De retour d'Oslo, entre deux nuages de cendres, avec des idées de projet à creuser. Il est encore trop tôt pour en parler. Ce que je peux dire ici, c'est qu'en traversant cette ville à pied, l'autre soir, pour aller de la gare à l'hôtel, j'ai été pris d'un sentiment - n'ayons pas peur des mots... - de bien-être. Le dégradé bleuté du ciel tirant vers la nacre, annonciateur des nuits claires d'été? L'impression de retrouver une ville que je commence à connaître un peu, depuis le temps? Le souvenir de mon 1er vrai reportage dans ce pays? C'était en novembre 1994, avec Pia, ma collègue anglophone de l'AFP. Les Norvégiens s'apprêtaient à dire "non merci" à l'Europe que leur proposaient la classe politique et les milieux économiques nationaux. Première rencontre concrète avec l'euroscepticisme pour le jeune journaliste que j'étais.
Là, en arpentant les trottoirs quasi déserts de Grensen, je me suis dit que j'avais beaucoup de chance de faire ce foutu métier. Malgré la mauvaise passe actuelle traversée par la presse, malgré les critiques récurrentes contre les journalistes et les médias, souvent mis dans un même panier bien pratique par leurs contempteurs. Comme si les choses iraient mieux sans personne qualifiée pour les raconter et les décrypter du mieux possible, selon des règles déontologiques parfois bafouées, souvent respectées.
En attaquant la rue pentue longeant le parc du château royal, je songeais aussi à cette région devenue mon terrain de "jeu" habituel. L'aiguillage vers le Nord ne s'est pas fait complètement par hasard, même si aujourd'hui je pourrais être en poste à l'autre bout du monde. Est-ce que je regrette cet enracinement? Non, disons que je n'y pense que très rarement. J'ai beau avoir l'impression de me répéter de temps à autre, je n'ai toujours pas épuisé mon sujet, loin de là. Le champ d'action est vaste, surtout depuis que je l'ai élargi aux Baltes. De quoi alimenter encore des années d'écriture et de reportages.
Quelques mots encore sur la méfiance de la Norvège à l'égard de l'UE. Au lendemain de ma balade vespérale, j'écoutais Geir Lundestad, le secrétaire du Comité Nobel norvégien et directeur de l'Institut Nobel, me raconter combien l'hypothèse d'un ralliement du royaume prospère à l'Union lui paraissait éloignée. "Je ne vois pas quel intérêt les Norvégiens auraient à rejoindre cette organisation, dont ils se sentent si éloignés. Le pays est devenu tellement riche grâce au pétrole!" L'historien, que je rencontrais pour un entretien à paraître dans la revue Politique internationale, avait fait, il y a pas mal d'années, un pronostic sur une possible date d'entrée de la Norvège dans l'UE: pas avant 2016, avait-il avancé dans un journal. "Aujourd'hui, je ne pense même pas que ce sera le cas", observe-t-il, en refusant de se risquer à tout nouveau pronostic...

mardi 9 mars 2010

Ignalina: Viktor Nikolaïevitch doit s'en aller

L'inamovible Viktoras Ševaldinas a fini par être poussé vers la sortie. Après 20 années (à sept mois près) à la direction de la centrale nucléaire d'Ignalina, en Lituanie, il vient d'être renvoyé par le ministre de l'énergie.
Autant le gouvernement lituanien semblait satisfait de son travail alors que la centrale fonctionnait encore, autant il ne lui convenait plus en cette période de démantèlement. Car l'établissement que quitte Ševaldinas n'est plus que l'ombre de lui-même. Ses deux immenses réacteurs, inaugurés en 1984 et 1987, sont désormais silencieux.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'ingénieur en chef n'a pas vu sa carrière bloquée par ses origines russes, en dépit du caractère stratégique du secteur. En novembre 1991, la Lituanie avait déjà recouvré son indépendance lorsqu'on le nomma à la tête de la centrale. Le jeune Etat "lituanisa" toutefois son nom (à l'origine Viktor Chevaldine), comme pour tous les Russes naturalisés automatiquement.
A son actif, le camarade Viktor Nikolaïevitch pouvait se targuer d'une carrière déjà longue dans le nucléaire civil soviétique. Après avoir fait ses armes dans une centrale de Leningrad à partir de 1971, il était arrivé dès 1982 à Ignalina, alors encore en chantier.
A partir du début des années 2000, le directeur de la centrale avait dû avaler pas mal de couleuv- res, comme je le raconte dans un chapitre de mon livre sur les pays baltes reproduit récemment par le site diploweb.com. Car l'Union européenne mettait la fermeture d'Ignalina comme condition à l'adhésion de la Lituanie. Pas question de risquer un Tchernobyl bis dans un futur Etat membre de l'UE!, entendait-on à Bruxelles. D'autres esprits moins orthodoxes voyaient là le résultat d'une discrète manoeuvre de grands industriels ouest-européens de l'atome pour achever de discréditer la technologie russe et se préparer un éventuel nouveau marché dans les pays baltes, une fois Ignalina fermée.
Lors de mes deux visites dans la centrale, j'ai croisé un Ševaldinas qui ne comprenait pas qu'on puisse priver le pays balte d'une telle source d'énergie "bon marché et sûre". En guise d'assurance tout risque, il évoquait l'assistance technique d'experts suédois et les investissements réalisés au fil du temps pour mettre la centrale aux normes. La validité de ses arguments n'aura, heureusement, pas eu à être testée...
Alors que la date de clôture du second réacteur (le 31 décembre 2009) se rapprochait, Ševaldinas s'était fait plus critique. C'est sans doute l'une des raisons officieuses pour lesquelles il a été écarté de la direction la semaine dernière. Sa connaissance du site demeure a priori intéressante pour la Lituanie, puisqu'on lui a proposé de rester comme consultant.
En vidant son bureau de directeur, il doit se dire qu'il avait visé juste lorsqu'il avait mis en garde contre la hausse des prix de l'électricité, une fois les deux réacteurs arrêtés. Le 27 février, ces augmentations ont incité entre 3000 et 5000 habitants de la commune proche d'Ignalina - essentiellement des russophones - à manifester leur mécontentement. Au moins sur ce point-là, Viktor Nikolaïevitch n'avait pas tort.

mardi 5 janvier 2010

Le pari risqué d'Olafur

Voilà qui augure d'un hiver chaud en Islande. Olafur Ragnar Grimsson, le président de l'île en crise, vient, à la mi-journée, de mettre son veto à une loi péniblement adoptée par le parlement de Reykjavik. Une décision présidentielle qui va à la fois diviser un peu plus la société islandaise, compliquer la sortie de crise et rendre plus incertaine la marche de l'Islande vers une possible adhésion à l'UE.
Résumons: lorsque la tempête financière partie des Etats-Unis s'abat sur l'île, en octobre 2008, plus de 320 000 épargnants britanniques et néerlandais font partie des victimes de l'effondrement du secteur bancaire de l'île. Ces braves gens (aussi nombreux que la population islandaise!) avaient commis l'erreur de croire aux promesses de rendement juteux brandies par Icesave. Il s'agit d'une filiale en ligne de Landsbanki (photo), une des trois grosses banques de l'île dirigées par des hommes d'affaires aussi intrépides que sourds aux avertissements venus de l'étranger quant aux risques d'éclatement de la bulle qu'ils avaient créée (lire mon analyse dans Politique internationale).
Les gouvernements britannique et néerlandais se sont alors faits fort de réclamer à Reykjavik des compensations pour leurs citoyens floués. Le nouveau gouvernement islandais, issu des urnes en avril 2009, n'a guère d'autre choix que d'accepter la solution proposée par Londres et La Haye. Car, dans le cas contraire, ces capitales menacent implicitement de bloquer la candidature de l'Islande à l'UE. Quant au FMI, il soumet le versement de tranches du prêt accordé à l'île à l'acceptation de cette solution financière.
Le hic, c'est que pour beaucoup d'îliens, la potion est trop amère. L'Islande, en acceptant la loi Icesave, s'engage à payer d'ici 2024 environ 3,8 milliards d'euros. Soit près de 40% du PIB annuel de ce petit pays fortement touché par la crise. D'où la mobilisation des opposants à la loi, qu'ils rebaptisent "Iceslave" (jeu de mots entre Icesave et slave, esclave en anglais). Quelque 60 000 personnes, soit un quart des électeurs islandais, demandent alors au président de la république de mettre son véto au projet de loi, péniblement adopté par le parlement le 30 décembre.
Le pouvoir de promulguer les lois est l'une des seules prérogatives concrètes du président, d'après la Constitution. En général, il (ou elle) ne se fait jamais prier. Mais en son "palais" présidentiel (photo), Olafur, comme l'appellent ses concitoyens, a bien des choses à se faire pardonner. Avant la crise, cet ancien militant de gauche (en fonction depuis 1996) a paradé aux côtés des "nouveaux Vikings", ces hommes d'affaires ultralibéraux ayant grandement contribué à la faillite du pays. Sa cote de popularité étant au plus bas, il voit dans le rejet de la loi Icesave une occasion idéale de se refaire une virginité en surfant le mécontentement populaire qu'elle suscite.
Ainsi décide-t-il de dire stop!
Avec pour conséquence de placer le gouvernement de Reykjavik en porte-à-faux vis-à-vis des créanciers de l'Islande et de l'UE. Et d'approfondir les divisions sur l'île, partagée entre le besoin de s'ancrer à l'Europe et à sa monnaie, et l'amertume causée par les coupes budgétaires draconiennes résultant des prêts accordés par l'étranger. Comme l'écrit Gérard Lemarquis dans Le Monde daté du 5 janvier, "l'affaire Icesave est un psychodrame national par lequel les Islandais peuvent exorciser la crise et retrouver un semblant de dignité dans un rejet des responsabilités sur les Britanniques et les Néerlandais".
Voilà donc qui augure d'un hiver chaud en Islande, avec la tenue désormais très probable d'un référendum national sur la loi Icesave, rendu possible par le veto mis par un président en quête de popularité.

mardi 13 octobre 2009

Espèce de consolidation!

Conférence de presse à Riga, ce mardi. Salle bondée, haie de caméras, quatre ambassadeurs européens sur le carreau: plus de place à l'intérieur. Les vedettes du jour? Le premier ministre letton et le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires. Joaquin Almunia est venu rappeler à l'ordre ses "amis lettons". Il faut économiser! Pas d'autre issue pour un Etat qui a dû accepter le prêt de 7,5 milliards d'euros proposé par le FMI et l'Union européenne pour éviter la banqueroute, il y a un an.

Les partis politiques au pouvoir traînent des pieds. Ils craignent pour leur réélection en 2010. Ils ont raison: fermetures d'écoles et d'hôpitaux (en photo, celui du centre de de Riga, affecté le plus durement - source: Riga Daily Photo) sont devenus le quotidien des Lettons depuis l'été. Tout le monde ou presque a vu son salaire réduit, parfois jusqu'à 40%. Lorsque ce n'est pas le chômage qui s'invite dans la vie de gens qui ne peuvent pas compter sur une couverture sociale digne d'un pays de l'UE. Le scrutin s'annonce mal.

Conférence de presse, donc.

Almunia est satisfait. On vient de lui donner des "assurances": oui, le gouvernement va tailler à nouveau dans les dépenses. A hauteur de 700 millions d'euros pour 2010. Autant que cette année. "L'engagement letton est une très bonne nouvelle". Le spectre d'une dévaluation du lats, la devise du pays, est écarté, du moins pour quelque temps. Soulagement.
Question d'une journaliste lettone:
- Pouvez-vous, monsieur le commissaire, expliquer aux Lettons moyens, qui perdent leur travail, qui ne peuvent plus se faire soigner comme avant, qui voient leurs écoles fermer, pouvez-vous leur expliquer pourquoi le pays a besoin de couper dans ses dépenses budgétaires?
Brève réponse dudit commissaire:
- Je n'ai jamais parlé de coupes budgétaires, mais de consolidation fiscale!
Silence dans la salle.
D'autres questions?