samedi 6 novembre 2010

Kristin la Rousse, Fredrika la blonde, deux voix

Kristin l'expérimentée, fougueux caméléon à la voix rauque et la tignasse rouquine, Fredrika la jeune pousse blonde talentueuse qui se cherche et commence à se trouver... Avec deux points communs pour ces chanteuses scandinaves: leur envie d'aller voir au-delà du jazz, d'où elles se sont élancées, et leur présence en France l'été dernier.

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A 39 ans, la Norvégienne Kristin Asbjørnsen a déjà un long parcours derrière elle, qui l'a vu passer de la musique africaine à l'expérimentale, du jazz au rock, avec étapes country et gospel... et maintenant, elle nous propose une pop de bon aloi, plus comestible, commerciale.

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Le fait qu'elle ait embarqué dans cette aventure un pianiste comme Tord Gustavsen, habitué du label ECM, laisse entrevoir une éventuelle porte de sortie hors de ce que je considère, du haut de ma petite pierre sans prétention, être une impasse (mais peut-être suis-je un peu obtus...)
Kristin et Tord Gustavsen, c'est l'histoire des vases communicants. L'an dernier, l'un et l'autre se sont invités mutuellement sur leur nouveau disque respectif. Sauf que le pianiste, lui, est resté dans les clous qu'il avait commencé à planter avec ses trois disques en trio. Pour Restored, returned, il a convié la chanteuse, ainsi que le saxophoniste Tore Brundborg, et donné une tonalité un peu plus blues à ses compositions avec, en prime, plusieurs poèmes de W. H. Auden mis en musique (l'un d'eux donne son titre à l'album):

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Restored, returned... Revenir mais sous une forme différente, Kiki-les-yeux-verts est coutumière du fait. Depuis le début des années 1990, elle met sa belle voix expressive, à l'éraillement caractéristique, au service de divers genres musicaux avec lesquels elle ne cesse de jongler. Fille de pasteur formée aux chorales, elle découvre les gospels afro-américains à 19 ans, en prenant des cours de chant auprès de Ruth Reese, une Noire-Américaine venue de son Alabama natal vivre en Norvège pour une histoire de coeur. A sa mort (sur scène), cette poète-chanteuse engagée contre l'apartheid lègue à sa rouquine d'élève un sac plein de partitions, dont une centaine de spirituals. Ils donneront matière, bien plus tard, à son 1er disque solo, Wayfering stranger, a spiritual songbook (2006, Emarcy/Universal). Un beau succès en Norvège, où il s'en vendra quelque 50 000 exemplaires.

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Auparavant, elle joue avec divers groupes:
- Kvitretten, un petit ensemble vocal féminin (démantelé depuis 2001, il eut aussi pour membre Solveig Slettahjell, autre sacré caractère du jazz vocal norvégien). Ici avec le poète-écrivain Torgeir Rebello Pedersen;
- Dadafon, groupe plutôt rock, avec lequel elle réalise la musique d'un film tiré d'une oeuvre quasi autobiographique de Charles Bukowski (Factotum, réalisé par Bent Hammer avec Matt Dillon, dont voici la bande annonce);
- Krøyt, combo plus électronique aux accents björkiens.

Kristin A. se frotte aussi au jazz, évidemment, elle qui a étudié le chant et la composition au conservatoire de jazz de Trondheim. Elle enregistre ainsi sur des disques du saxophoniste Mats Gustavsen, du pianiste Ketil Bjørnstad (A seafarer's song) et, donc, de Tord Gustavsen le susnommé. Permettez moi d'avoir un faible pour cette facette-là du talent de la bouillonnante Norvégienne.

Il y a trois ans, elle expliquait son approche du jazz (dans un long entretien accordé à Jazzdimension.de):
I started with jazz music, and I sang jazz music for many, many years. In Norway as well, I am stamped, I am called a "jazz singer" since ever. For me it's more like I was led into jazz music, because I wanted to learn more about how to improvise. That has been my focus all the time, to force myself in new directions. I needed to explore better my possibilities, work with singing, trying to say something important with my songs and trying to be grounded in a way. So that has been my main focus, not how to brand it. And all the time I have been working with my own songs, my own compositions. But that has also led me to meet other musicians, both pop-rock and jazz musicians. So I am not so very much interested in the category, it's more like I am influenced by different kind of styles.

Cela, le public français a dû s'en apercevoir lors des concerts que la pétillante Kristin A. a donné cet été dans l'Hexagone. Mais c'est avant tout avec son dernier disque, sorti chez Universal France en janvier 2010, que la chanteuse compte percer. C'est un peu dommage. Plus ordinairement pop, comme je le disais en entame, The night shines like the day a tout de même été récompensé en Norvège par un Spellemannspris, l'équivalant du Grammy. Ici, un avant-goût avec Snow flake, titre langoureux, mélancolique...

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L'autre chanteuse qui fait actuellement tourner nos têtes vers le Nord (et la fait tourner à certains) s'appelle Fredrika Stahl.


Fredrika, c'est une fleur qui éclot, des promesses entrevues. Elle aussi refuse désormais l'étiquette jazz. On ne peut que lui donner raison sur la forme, à l'écoute de son 3e disque qui est sorti il y a quelques mois chez Sony Music. Car, dans Sweep me away, l'influence du jazz, qu'elle fredonnait encore il y a quelques années, est désormais bien lointaine. Depuis, sa voix a (un peu) gagné en assurance, à défaut d'une réelle ampleur. Elle est, comment dire, plus ensoleillée, comme ici:

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En dépit de quelques similitudes ça et là dans l'accompagnement musical, on est dans un tout autre registre vocal que celui de sa compatriote Lisa Ekdhal. Et tant mieux, car la Betty Boop aux chevilles d'argile ne m'a jamais emballé, hormis quelques-unes de ses 1ères chansons, période Vem vet:

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Si elle est née à Stockholm il y a bientôt 26 ans, Fredrika Stahl a passé une partie de sa petite enfance près de Paris, où elle est partie vivre seule, une fois le bac suédois en poche. Comme le piano, elle possède bien notre langue (bien qu'elle chante essentiellement en anglais...). Mais c'est dans sa ville natale qu'elle a trouvé l'inspiration pour son nouveau disque. Lequel, dit-elle, est "le plus proche" de ce qu'elle ressent aujourd'hui d'un point de vue musical. Nous sommes contents pour elle (elle n'y peut sans doute rien, mais les petits entretiens qu'elle donne sur son site sont parfois d'une charmante naïveté... le privilège de la jeunesse!).

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En tous cas, sa maison de disques semble parier gros sur elle, à en juger par l'emballage marketing dont elle bénéficie. Saura-t-elle supporter la pression? Allez Fredrika, on t'aime bien quand même, fonce! Kom igen!

NB: Ce billet est une reprise très légèrement mise à jour d'un texte publié en juillet sur mon autre blog, feu Jazz nordique. Que ceux qui l'avaient déjà lu là ne m'en veuillent pas pour cette répétition: c'est bon pour la musique!

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