dimanche 31 octobre 2010

Les "frères de la forêt", résistants méconnus


Celles et ceux qui ont lu Purge, de Sofi Oksanen, et n'étaient pas familiers avec l'histoire récente de l'Estonie ont peut-être découvert l'existence des "frères de la forêt". Hans, "fils d'Eerik Pekk, paysan estonien", l'un des personnages du livre, campe l'un de ces patriotes que la terreur soviétique poussa, dans la vraie vie, à prendre le maquis dans les forêts profondes. En Estonie, mais aussi en Lituanie et en Lettonie, ils luttèrent, avec leur moyens très réduits, contre l'occupant venu de l'Est.
Hans Pekk, dont les lettres écrites dans la clandestinité scandent les différentes parties du roman, se désespère de ne pas voir les Anglais ou les Américains venir au secours de son pays envahi. Les "frères de la forêt" attendront en vain, jusqu'à leur mort, leur arrestation ou, plus rarement, leur reddition.
Mart Laar, ex-premier ministre estonien rencontré récemment à Tallinn, connaît bien le sujet. Il y a consacré un livre, au terme de recherches menées, non sans risques, avant même la fin de l'URSS. Signée Mel Huang, cette critique de l'ouvrage (War in the Woods: Estonia's Struggle for Survival, 1944 -1956) restitue bien le contexte de l'époque.
Le député barbu, qui dirige actuellement l'un des partis de droite au pouvoir à Tallinn, me raconte qu'aujourd'hui encore, il est difficile de savoir avec exactitude combien d'Estoniens - dont une petite minorité de femmes - partirent ainsi vivre dans la forêt jusque dans les années 1950. "On estime généralement leurs chiffres à plus de 30 000, en incluant ceux qui se cachaient sans prendre part aux combats."
Si l'on ramène ce chiffre à la population totale de l'Estonie actuelle (1,34 million de personnes), cela fait un habitant sur 44 (!).
"La plupart d'entre eux, précise-t-il, ont été tués ou déportés en Sibérie."
Pendant quatre décennies ou presque, tout lien familial avec un "frère" ou une "soeur" de la forêt était synonyme d'ennuis, réels ou potentiels. Aussi Mart Laar n'est-il pas peu fier d'avoir commencé, lorsqu'il dirigea le gouvernement estonien après le retour à l'indépendance, à honorer les survivants en les décorant d'une médaille de la résistance, créée à cet effet. Une médaille, ça peut paraître dérisoire mais, à la sortie du long tunnel soviétique, un tel geste avait une portée symbolique forte dans un Etat à nouveau souverain.
Plus récemment, l'ancien premier ministre a écrit une pièce de théâtre inspirée d'histoires récoltées auprès des derniers survivants ou de leurs proches. "J'ai raconté comment l'amour, notamment, pouvait pousser des gens à trahir." Un thème qu'aborde aussi Sofi Oksanen dans son roman Purge. Jouée il y a trois-quatre ans sur la scène du théâtre de Võru, au coeur de la région (dans le sud-est du pays) où les résistants passent pour avoir été les plus actifs, la pièce signée Mart Laar connut un certain succès. "L'un de mes personnages principaux, qui avait existé en réalité, a été arrêté et fusillé. Son ancien amour de jeunesse, venue assister à la pièce, est montée sur scène pour offrir des fleurs au comédien qui interprétait son ami disparu... Une sorte de reconnaissance de la qualité de la pièce."
Mais n'enjolivons pas. Pour avoir discuté du sujet en Lettonie et en Lituanie, j'ai aussi entendu parler de "frères de la forêt" au comportement moins glorieux. Certains d'entre eux ne rejoignaient la clandestinité que parce qu'ils avaient quelque chose à se reprocher ou commettaient plus de larcins que nécessaire pour survivre dans les bois. "Comme toujours, m'a glissé un jour un Lituanien, il y avait des bandits parmi les idéalistes..."

NB (le 5 novembre 2010): Plusieurs personnes m'ont soutenu que Mart Laar, responsable politique avant tout, n'était pas le plus orthodoxe des historiens, et je suis enclin à les croire. Il n'est pas non plus le seul à avoir travaillé et écrit sur les "frères de la forêt". On me signale l'existence d'autres livres ou articles (que je n'ai pas lus) et, en particulier, l'ouvrage coordonné par le Lituanien Arvydas Anušauskas, The Anti-Soviet Resistance in the Baltic States (Genocide and Resistance Research Centre of Lithuania, Vilnius, 1999).
Les témoignages de lecteurs sont les bienvenus ici.


2 commentaires:

  1. Les frères de la forêts, plus connus sous le nom de "metsavennad".
    Une petite chanson à leur sujet: http://www.youtube.com/watch?v=ufzuhXZBayk&feature=related

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  2. En lituanie les frères des forêts s'appelait "Partizanai ou Žaliukai" voici un lien pour voir quelques photos http://www.youtube.com/watch?v=G7zi6pw5dc0&feature=related

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