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dimanche 19 septembre 2010

Plongée dans la social-démocratie suédoise

Que nous réservent les élections suédoises de ce dimanche? Cette année encore, l'issue est incertaine. Certes, le gouvernement sortant, dirigé par le conservateur Fredrik Reinfeldt, part favori, comme je le raconte dans le journal La Croix. Mais rien ne permet d'exclure avec certitude un retour de l'opposition. La machine social-démocrate peut nous réserver des surprises. A priori, je ne vois pas le parti emmené depuis trois ans par Mona Sahlin passer au-dessus de 35% des voix, son score aux précédentes législatives (2006). Mais avec ses alliés ex-communiste et surtout vert, il pourrait contester in extremis la majorité à la coalition sortante, pour peu qu'ils arrivent tous les trois à mobiliser leurs électeurs traditionnels. Et surtout si l'un des quatre partis de centre droite qui composent le gouvernement "bourgeois" ne parvient pas à franchir les 4% des voix requis pour entrer au parlement.
Je suis en train de lire I väntan på Mona Sahlin (En attendant Mona Sahlin, Norstedts, 2008), écrit par le journaliste Christer Isaksson. Un ancien adhérent du parti à la rose qui travailla un temps pour le gouvernement. Son livre est donc passablement orienté mais intéressant pour ce qu'il raconte sur les arcanes de ce qui restera, quel que soit son résultat ce dimanche, LE parti ayant marqué la Suède contemporaine de son empreinte. Ce livre raconte notamment comment Mona Sahlin avait enfin convaincu, en 2007, les struc- tures so- cial-démo- crates qu'elle était le leader qu'il fallait au parti, après son accident de parcours intervenu douze ans plus tôt.
L'épisode des couches-culottes et des Toblerone payés par Mona Salhin avec sa carte de crédit professionnelle a marqué les esprits, jusqu'en France. Là, des gens m'en parlent parfois, avec l'air étonné, comme s'il avait eu lieu sur une autre planète.
Je me souviens avoir suivi l'affaire pour l'Agence France-Presse, sans vraiment comprendre comment une vice-premier ministre pouvait se faire blague-bouler de la sorte pour une histoire de frais payés avec la mauvaise carte de crédit (et remboursés entre-temps).
La presse populaire suédoise (Expressen en tête, qui avait sorti l'affaire grâce à une fuite, mais aussi Aftonbladet, très proche du parti social-démocrate) avait ensuite fouillé dans la vie de Mona Sahlin. Pour finalement découvrir qu'elle et son mari n'avaient pas payé régulièrement les frais de ramassage municipal des poubelles... On voit le niveau.
Cette accumulation de pêchés impardonnables lui avait coûté une place quasi-assurée de premier ministre. Car Ingvar Carlsson la couvait depuis des années, persuadé qu'il était que cette femme ayant grandi avec et pour le parti serait une digne héritière des Tage Erlander et Olof Palme. L'incident Toblerone interrompit la mise sur orbite de sa dauphine.
J'avais écrit à l'époque que le parti social-démocrate avait douté des capacités de Mona Sahlin à gouverner la Suède, puisqu'elle n'arrivait pas à tenir en ordre ses comptes personnels. Mais pour le Français que j'étais (et que je suis encore), cette histoire paraissait à la fois hypocrite et louche. Sauf erreur, on n'a jamais su d'où venait la fuite sur les achats de couches et de barres en chocolat. Tout cela sentait le coup fourré. Il est de notoriété publique que des barons du parti ne portaient pas Mona Sahlin dans leur coeur. Parce qu'elle aurait été la 1ère femme à diriger le parti plus que centenaire. Parce qu'elle avait une allure un peu atypique (jeans et clope au bec) et une réelle capacité à nouer le contact avec des ouvriers de chantier ou des VRP, qui n'en rendaient que plus grisâtres les apparatchiks du parti.
Il fallut trouver une solution de secours. Göran Persson (photo), alors ministre des finances, finit, après moult "non", par dire oui à la succession d'Ingvar Carlsson en 1996. Persson fit le boulot, avec tout le doigté et l'humilité qu'on lui connaît. Et perdit le pouvoir dix ans plus tard, en bonne partie parce que les Suédois en avaient soupé de ses sermons de pasteur auto-satisfait.
Göran Persson annonça alors sa démission à la présidence social-démocrate, nons sans essayer d'asseoir son poulain sur son siège encore chaud. La manoeuvre échoua. Pär Nuder était trop froid, trop technocrate, trop terne. Bref, il ne fit pas le poids face à Mona Sahlin, revenue à la politique par la petite porte, puis au gouvernement via divers ministères.
Ce que j'ai appris dans le livre de Christer Isaksson, c'est que les pères de Mona Sahlin et de Pär Nuder avaient travaillé ensemble dans les années 1970, sous la tutelle d'un ministre du logement. Leurs enfants se marquèrent ensuite à la culotte, grimpant les échelons de l'appareil social-démocrate à un rythme plus ou moins semblable. Pour finalement s'affronter en 2007 en vue d'être l'Elu(e) du parti. Et, éventuellement, accéder au poste de premier ministre.
La route s'est avérée plus complexe que prévu par Christer Isaksson dans son livre. Les vieux démons entourant Mona Sahlin ont refait surface. A-t-elle la capacité pour diriger le pays? De plus, la candi- date a pris le risque de rompre avec la tradition qui veut que le parti social-démocrate parte seul en campagne électorale, quitte à s'appuyer, une fois élu, sur les Verts et la Gauche (ex-communiste) au parlement. Cette année, le trio a tenté une campagne commune qui semble avoir davantage dérouté qu'uni.
Cela dit, si Mona Sahlin parvenait, ce week-end, à inverser la spirale négative dans laquelle elle et son parti se sont enfoncés ces derniers mois, elle deviendrait la 1ère femme à diriger le royaume. Ce qui serait la moindre des choses pour un pays qui se veut un modèle de parité... Même la France a eu une femme premier ministre (Edith Cresson). Cela n'a pas duré longtemps, certes, mais c'est gravé dans le marbre.