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mercredi 13 octobre 2010

Vilnius, pause art vidéo


Un ancien musée de la Révolution qui accueille un banquier occidental féru d'art contemporain. Le raccourci est tentant. Déclaré de non-intérêt public après 1991, l'établissement en question, dédié à une révolution révolue, s'est mué depuis en un musée national d'art moderne. A Vilnius, Lituanie. Fraîchement rénové, le bel édifice blanc tapi sur la rive droite de la Neris accueillait dimanche les Français Isabelle et Jean-Conrad Lemaître.


La passion de ce dernier pour l'art contemporain et sa manière échevelée d'en parler firent oublier qu'il travaille depuis plusieurs décennies pour des grandes banques privées. Non pas que cela soit un pêché en soi (chacun sa voie, ou sa croix...). En le voyant s'enflammer pour diverses vidéos d'artistes acquises au fil de la quinzaine d'années passées, j'ai eu du mal à l'imaginer en train de gérer je ne sais quel portefeuille d'actions ou parier sur l'évolution de l'indice Dow Jones pour le compte de clients fortunés.
Encore que le pari et le jeu semblent appartenir à l'univers de celui qui, avec sa femme Isabelle, a commencé à bâtir une collection privée d'art vidéo au moment où peu de monde n'osait encore s'aventurer dans cette direction (parcours atypique résumé ici par l'intéressée).
Car, expliqua Jean-Conrad Lemaître, le collectionneur est frileux face à un type de création un peu particulière: avec la vidéo, pas d'objet palpable à accrocher au mur; tout juste une matrice et un certificat délivré par l'artiste; un support réputé de courte durée et reproductible à l'envi. Autant de réserves que le Français écarta devant la cinquantaine de personnes venues l'écouter dans le musée de Vilnius à l'initiative d'Ilma Nausedaite (Meno Klubas).
Il fallait de l'abnégation pour s'enfermer ce jour-là, ne serait-ce que durant deux heures, dans une salle de conférence obscure. Dehors, un soleil radieux donnait l'illusion que l'hiver était encore loin. Mais les interventions des Lemaître et celle, plus contenue, de Deimantas Narkevicius, l'un des artistes contemporains de Lituanie à s'être fait un nom à l'étranger, valaient bien une pause dans cet été indien à la mode lituanienne.




mardi 3 août 2010

Le policier suédois qui dansait

Dancing queen, chantait ABBA en son temps. "Dancing policeman!", s'esclaffaient les touristes étrangers qui passaient l'autre jour sur la grand-place de Malmö, Stortorget. Un policier qui danse, oui. Et pas n'importe quel policier sur n'importe quelle danse. Non, un beau gars en uniforme, avec tout l'attirail et une barbe de trois jours à la Village People, qui se déhanchait lascivement (ou presque, les godillots n'aident pas vraiment) sur un beat à la mode.



Bigre. Voilà qui plaira à ces Finlandais toujours prompts à se moquer des policiers suédois, qu'ils considèrent comme les moins sérieux et les moins machos de la planète (à chacun son Belge).
Grande sera leur déception lorsqu'ils apprendront que le policier n'en était pas un et que son moment de folie n'était en fait qu'un happening organisé par la Malmö Konsthall dans le cadre d'un projet artistique inspiré d'un polar.
En 1969, Maj Sjöwall et Per Wahlöö, les créateurs du célébre commissaire Martin Beck, avaient envoyé leur antihéros à Malmö, dans le sud du royaume, résoudre le meurtre d'un patron de la grande industrie. Ce roman s'appelait Polis, polis, potatismos!, soit Policier, policier, purée de pommes de terre!... Le livre sera traduit en français sous le titre plus sobre de Meurtre au Savoy. Le 7e d'une série de dix polars qui, sans vraiment révolutionner le genre, a fait sauter le mythe d'une Suède au-dessus de tout soupçon, bien avant les aventures de Kurt Wallander (par Henning Mankell) et la trilogie Millenium de Stieg Larsson.
La Malmö Konsthall avait donc invité 15 artistes, en juillet, à se plonger dans le roman-purée pour le réinterpréter à leur manière en divers emplacements de la ville jouant un rôle dans le récit. Les initiateurs voulaient faire de Polis, polis, potatismos une "exposition sur un crime". Avec l'idée de confronter le public avec des oeuvres censées "refléter le rôle des policiers de l'époque et de nos jours, ainsi que le rôle des médias dans la société".
Le rôle des médias - sans parler de celui des policiers - est parfois discutable, je vous l'accorde. Quoi qu'il en soit, grâce à Youtube, la vidéo du policier qui danse a fait le tour du monde. A tel point que la direction de la police de la région de Malmö s'est fendue d'un communiqué pour préciser ne rien à voir avec cette histoire. "Le policier danseur est de l'art", clame-t-elle.
Dommage. Imaginons qu'elle nous ait dit: "Le policier danseur est un vrai policier". Avouez que cela aurait eu plus d'allure. Voilà qui aurait pu aussi contribuer à redonner au snut (le flic en argot de là-bas) un peu de la sympathie dont il jouissait avant que la société suédoise ne se dérègle, avant que le crime ne se banalise, avant que... Mais tout ça, c'est la faute aux auteurs de polars!

N.B.: le 29 septembre à Paris, Maj Sjöwall participera à une soirée consacrée au personnage Martin Beck à l'Institut suédois.

mercredi 31 mars 2010

Blasphèmes et provocations

Et Dieu dans tout ça?
La foi unit, la religion oppose... S'en prendre aux symboles de la chapelle ou de la confession d'en face devient une raison d'être pour diverses minorités d'illuminés. Prenons l'exemple du Danemark.
Particulièrement intéressant, le Danemark. D'un côté, certains traînent les musulmans dans la boue par réflexe défensif, face à un islam mal connu dont le versant fondamentaliste sert de repoussoir. De l'autre, des tenants de ce courant radical fomentent des attentats contre l'auteur danois d'une caricature du Prophète. Ou contre le journal (Jyllands-Posten) qui la publia en 2005, avec d'autres dessins, au nom de la défense de la liberté d'expression (mais non sans arrière-pensées politiques).
Le Christ n'est pas en reste. Alors que l'Eglise catholique danoise est à son tour en butte à des accusations d'agressions sexuelles, alors qu'un pasteur luthérien avouait il y a quelques temps ne pas croire en Dieu créateur du monde, voilà qu'on ressort le crucifix pour le parodier ou s'en moquer.
Depuis ce matin, c'est un Christ en pleine érection qui est exposé au nord de Copenhague. Sous la forme d'un cure-pipe jaune. Pourquoi pas, au point où on en est. L'auteur de cette fantaisie? Uwe Max Jensen, un artiste coutumier de la provocation plus ou moins gratuite. L'étron laissé au fond d'un vase, il y a trois semaines à Louisiana, le musée d'art contemporain au nord de Copenhague, c'est lui. Un "happening" (dixit l'intéressé) dans la lignée de ceux qui émaillèrent les années 70, au Danemark ou ailleurs. Sauf qu'à l'époque, ça avait plus d'allure et de sens.
Avec son Christ bandant, Uwe Max Jensen précise d'ailleurs vouloir rendre hommage à l'un des maîtres scandinaves du genre, Jens Jørgen Thorsen, dont les facéties eurent un écho jusqu'en France. Je me souviens d'articles de presse jaunis sortis d'archives familiales relatant les efforts déployés, dans les années 70, par ce "provo" (titre de sa biographie posthume) pour tourner un film iconoclaste sur la vie du Christ. Il n'y fut pas autorisé. Qu'à cela ne tienne. Les âmes bien pensantes eurent le déplaisir de découvrir, en 1984, un nouveau coup de l'artiste: un Christ au membre raidi (déjà!) peint sur le mur d'une gare ferroviaire près de Copenhague. Après intervention du ministre des transports - et la désapprobation de Jyllands-Posten, alors moins prompt à défendre la liberté d'expression qu'aujourd'hui -, le Christ et son objet furent effacés. Jens Jorgen Thørsen récidiva ici et là, bien sûr (photo).
Auteur en 1970 d'une adaptation cinématographique, très olé-olé pour l'époque, d'un livre d'un autre provocateur, Henry Miller (Jours tranquilles à Clichy), ce touche-à-tout finit par le réaliser, son opus sur Jésus. Il sortit en 1992, avec le financement de l'Institut du film danois. Bien que le héros de Jésus revient s'y amourache d'une terroriste, le film ne choqua ni ne convainquit grand-monde. Il est vrai que La dernière tentation du Christ de Scorsese était entre-temps passée par là.
Thorsen, au demeurant fin connaisseur de l'art moderne et du jazz, est mort trop tôt (il doit consumer quelque part en enfer) pour être témoin de la polémique ayant suivi la publication des caricatures de Mahomet. Quel tableau, quelle oeuvre tout cela lui aurait-il inspiré? Je n'ose l'imaginer. Sans doute quelque chose de plus flamboyant que la sculpture (un corps de chien avec une tête de Mahomet) conçue par un autre trublion scandinave, le Suédois Lars Vilks. Lequel se retrouve à son tour menacé de mort.
Ca fait un peu beaucoup, vous ne trouvez pas? Tout ça pour obéir ou déplaire à Dieu, Allah et consorts.

jeudi 28 janvier 2010

Klods Monē ou la diversité européenne

Cela fait toujours sourire de voir les noms étrangers écrits à la mode lettone. Cette pratique en vigueur depuis le retour de la Lettonie à l'indépendance, l'entrée du pays dans l'Europe ne l'a pas faite disparaître. Dernier exemple en date: l'exposition inaugurée le 22 janvier au Musée national des beaux-arts, à Riga. Gleznots Normandijā ("Peindre en Normandie") rassemble quelques belles pointures françaises. Des noms? Klods Monē, Gistavs Kurbē, Žans Batists Kamils Koro. Jusque là tout va bien? Moins reconnaissables sont les Šarls Dobiņjī, Eduārs Vijāra, Rauls Difī, Ādolfs Fēlikss Kalss...

Cela ne fait pas toujours sourire de voir son nom d'étranger écrit à la mode lettone. Je pense là à des amis, à des connaissances, qui parce qu'ils sont résidents, mariés à une personne du cru ou devenu parent d'un enfant né dans le pays balte, ont dû se/le faire enregistrer auprès d'une autorité quelconque. Expliquer à un(e) fonctionnaire local(e) que son nom de famille s'écrit d'une façon bien précise depuis des générations, et pas autrement, ne sert strictement à rien. Admettre que son fiston, dans ses papiers, devra porter un patronyme légèrement différent du sien n'est guère plus facile.
C'est sans doute le prix à payer pour le maintien d'une certaine diversité européenne...
Antuāns Jākobs

vendredi 16 octobre 2009

Quand Pictor sort du sceau

Dans Le septième sceau, Bergman filme un court instant un peintre à l'oeuvre dans une église.
La scène vous dit quelque chose?
Ce personnage, c'est celui d'Albertus Pictor. Un hommage discret au plus grand artiste de la Suède médiévale. Le réalisateur lui devait bien ça: à Albert le peintre, il venait d'emprunter le motif d'une de ses fresques murales les plus connues: la Mort jouant aux échecs... A voir dans l'église de Täby, banlieue de Stockholm.







Un demi-siècle plus tard, Albertus est à nouveau d'actualité: la Suède commémore le 500ème anniversaire de sa mort. Et (re)découvre un peintre arrivé d'Allemagne pour ornementer avec brio les murs intérieurs et les voûtes de 36 églises.
Bon nombre de motifs et citations en latin, inspirés de la Bible des pauvres, devaient servir de pense-bêtes aux prêtres, les inspirer dans leurs sermons... Jusqu'à ce que ce que les nouveaux maîtres luthériens, installés avec la Réforme, ne fassent badigeonner de chaux toute cette imagerie superflue! Ca ne fait qu'un siècle qu'on rend à Pictor ce qui est à Pictor.