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jeudi 13 janvier 2011

La compagne de Stieg Larsson prend la plume

Le temps passe et les billets sur ce blog s'espacent... Il est temps de resserrer les boulons. En soi, c'est plutôt bon signe en ce qui me concerne: cela veut dire que le travail (rémunéré) m'accapare. Et comme je ne tiens pas à passer tout mon temps libre devant l'ordinateur, l'alimentation de ce blog s'en ressent. Dilemme... et patience, s'il vous plait, chers lectrices et lecteurs!
En quelques mots, je veux tout de même évoquer ma rencontre avec Eva Gabrielsson.


A la demande du journal La Croix, j'ai retrouvé la "veuve" de Stieg Larsson le temps d'un entretien à Stockholm, alors qu'Actes Sud s'apprête à publier son récit autobiographique (sortie française lundi prochain, le 19 janvier). Ce livre - Millenium, Stieg et moi - fut donc au centre de la discussion, ainsi que Millenium, Stieg Larsson et elle, mais aussi la politique suédoise, la religion, la nature...
Etonnant tout de même que cette architecte-urbaniste ait choisi la maison d'édition française qui a commercialisé la trilogie, elle qui est fâchée avec tous ceux qui exploitent l'oeuvre de son compagnon, disparu en 2004, pour la transformer, dit-elle, en une "industrie". Je ne vais pas revenir ici sur la querelle envenimée qui continue à opposer Eva Gabrielsson au frère et au père de Stieg Larsson alliés à Nortstedts, l'éditeur suédois des trois polars. J'en avais déjà parlé sur ce blog.
Mais visiblement, la Suédoise s'est très bien entendue avec Actes Sud, et notamment avec Françoise Nyssen. Et d'une manière symbolique, en partageant la même maison d'édition que le grand amour de sa vie, elle reste proche de lui.
En tous cas, l'affaire de l'héritage Millenium est loin d'être classée, comme je le raconterai dans La Croix, sans doute la semaine prochaine. Et les fans de Lisbeth Salander et de Mikael Blomkvist qui espéraient la sortie d'un 4ème tome en seront pour leurs frais... Il existe bien environ 200 pages d'une suite à la triologie mais Eva Gabrielsson n'est pas prête du tout, à l'en croire, à les confier à Norstedts ni aux Larsson, lesquels jouissent des droits d'auteur, contrairemement à elle.
Dans l'article à venir, il sera aussi question d'une cérémonie magique au bord d'un quai, d'un corbeau salvateur et d'autres choses qui nous renverront à des croyances païennes... Mais de tout cela je compte bien reparler ici plus tard, le moment venu.

NB (17 janvier): Eva Gabrielsson sera le 27 janvier à Paris pour rencontrer les intéressés à l'Institut suédois, et le lendemain à Lyon, à la librairie Passages.

mardi 17 août 2010

Mara dans la baignoire Millenium

Je n'avais pas l'intention de revenir aussi vite sur le sujet mais les producteurs hollywoodiens viennent de faire leur choix quant à l'actrice qui incarnera Lisbeth Salander dans l'adaptation made in USA du 1er des trois romans de la trilogie Millenium de Stieg Larsson. Il s'agit d'une relative inconnue, Rooney Mara, dont voici une photo parmi tant d'autres:


Le magazine Variety relate les hésitations chez Columbia quant au choix de cette actrice américaine de 25 ans, finalement imposée par le réalisateur, David Fincher, avec lequel elle a déjà tourné.
A première vue, je ne suis pas convaincu. Rooney a l'air un peu tendre pour se glisser dans la peau d'une dure à cuire comme Lisbeth. Mais je ne demande qu'à être convaincu.

dimanche 8 août 2010

Millenium made in USA: erreur de casting?

- Blomkvist... Mikael Blomkvist.
Vous l'avez dans l'oreille, vous, la réplique?
Moi pas vraiment. Pourtant, c'est bien Daniel Craig, l'actuel Bond, James Bond, qui a été choisi pour endosser le principal rôle masculin dans l'adaptation américaine de L'homme qui n'aimait pas les femmes, le 1er volet de la trilogie Millenium. Sauf surprise, il devrait récidiver pour les deux autres épisodes de la série conçue par Stieg Larsson.
En tant que lecteur, il arrive qu’on se fasse une idée très personnelle du visage et de la silhouette des héros que l'on accompagne au fil de centaines de pages. Eh bien dans ma petite tête à moi, Mikael Blomkvist n'avait certainement pas les traits de l'acteur britannique qui a contribué à muscler le personnage de 007.
Non, en refermant le dernier volume de la trilogie, je le voyais moins macho, plus fluet, passe-partout. Un mélange de Christophe Malavoy (quand il avait la quarantaine) et de Steve Buscemi, si vous voyez ce que je veux dire... Après avoir vu le 1er des trois films réalisés en Suède (je ne me suis pas précipité sur les suivants), je trouve que l'acteur retenu faisait bien l'affaire. Michael Nyqvist, dont j'avais ébauché le portrait ici, a ce côté lagom bien suédois, ce côté je ne fais pas de vagues et je ne veux surtout pas en faire. Ce qui ne l'empêche pas, têtu comme il est, de mettre la pagaille jusque dans les plus hautes sphères de l'Etat. Ni de séduire les femmes, l'air de rien.
Prévue pour l'an prochain, l'adaptation made in Hollywood, confiée au réalisateur David Fincher, compte d'ores et déjà un acteur suédois dans sa distribution: Stellan Skarsgård, habitué des studios américains. Une fois de plus, il jouera le rôle du gros méchant, le pervers Martin Vanger. Pourquoi pas.
Mais alors, me demanderez-vous, quelle actrice se glissera dans la peau de Lisbeth Salander? Le choix n'a pas encore été annoncé. C'est pourtant LE rôle du film, la clé de voute de l'édifice imaginé par Stieg Larsson. Sans ce personnage aussi atypique, la trilogie n'aurait sans doute pas eu le succès qu'elle connaît. Encore une fois, les producteurs de la première version filmée (la suédoise) avaient eu le nez creux, je trouve, en confiant le rôle à Noomi Rapace.
Quel nom les responsables du casting hollywoodien sortiront-ils de leur botte? A priori, si l'on s'en tient au portrait détonnant de l'héroïne qui émerge des polars, le rôle devrait revenir à une toute jeune actrice, filiforme et déjantée, à la fois fragile et super-forte (rappelez vous, Stieg Larsson voyait en Lisbeth une Fifi Brindacier des temps modernes). Cela dit, après le choix de Daniel Craig pour incarner Blomkvist, je ne suis plus sûr de rien...
Et vous, vous avez une idée, une préférence?

mardi 3 août 2010

Le policier suédois qui dansait

Dancing queen, chantait ABBA en son temps. "Dancing policeman!", s'esclaffaient les touristes étrangers qui passaient l'autre jour sur la grand-place de Malmö, Stortorget. Un policier qui danse, oui. Et pas n'importe quel policier sur n'importe quelle danse. Non, un beau gars en uniforme, avec tout l'attirail et une barbe de trois jours à la Village People, qui se déhanchait lascivement (ou presque, les godillots n'aident pas vraiment) sur un beat à la mode.



Bigre. Voilà qui plaira à ces Finlandais toujours prompts à se moquer des policiers suédois, qu'ils considèrent comme les moins sérieux et les moins machos de la planète (à chacun son Belge).
Grande sera leur déception lorsqu'ils apprendront que le policier n'en était pas un et que son moment de folie n'était en fait qu'un happening organisé par la Malmö Konsthall dans le cadre d'un projet artistique inspiré d'un polar.
En 1969, Maj Sjöwall et Per Wahlöö, les créateurs du célébre commissaire Martin Beck, avaient envoyé leur antihéros à Malmö, dans le sud du royaume, résoudre le meurtre d'un patron de la grande industrie. Ce roman s'appelait Polis, polis, potatismos!, soit Policier, policier, purée de pommes de terre!... Le livre sera traduit en français sous le titre plus sobre de Meurtre au Savoy. Le 7e d'une série de dix polars qui, sans vraiment révolutionner le genre, a fait sauter le mythe d'une Suède au-dessus de tout soupçon, bien avant les aventures de Kurt Wallander (par Henning Mankell) et la trilogie Millenium de Stieg Larsson.
La Malmö Konsthall avait donc invité 15 artistes, en juillet, à se plonger dans le roman-purée pour le réinterpréter à leur manière en divers emplacements de la ville jouant un rôle dans le récit. Les initiateurs voulaient faire de Polis, polis, potatismos une "exposition sur un crime". Avec l'idée de confronter le public avec des oeuvres censées "refléter le rôle des policiers de l'époque et de nos jours, ainsi que le rôle des médias dans la société".
Le rôle des médias - sans parler de celui des policiers - est parfois discutable, je vous l'accorde. Quoi qu'il en soit, grâce à Youtube, la vidéo du policier qui danse a fait le tour du monde. A tel point que la direction de la police de la région de Malmö s'est fendue d'un communiqué pour préciser ne rien à voir avec cette histoire. "Le policier danseur est de l'art", clame-t-elle.
Dommage. Imaginons qu'elle nous ait dit: "Le policier danseur est un vrai policier". Avouez que cela aurait eu plus d'allure. Voilà qui aurait pu aussi contribuer à redonner au snut (le flic en argot de là-bas) un peu de la sympathie dont il jouissait avant que la société suédoise ne se dérègle, avant que le crime ne se banalise, avant que... Mais tout ça, c'est la faute aux auteurs de polars!

N.B.: le 29 septembre à Paris, Maj Sjöwall participera à une soirée consacrée au personnage Martin Beck à l'Institut suédois.

mardi 16 mars 2010

Kalle Blomkvist à Paris

Vous le reconnaissez? Mikael Blomkvist! Le super journaliste de la trilogie Millenium, version filmée. Ou plutôt l'acteur qui l'incarne. Michael Nyqvist, multirécidiviste du grand écran, incontournable des plateaux de tournage du royaume, grand appétit. L'équivalent suédois de... Depardieu croisé avec Auteuil? Arpenteur de planches de théâtre (actuellement dans Jane Eyre au Dramaten), élevé à la lecture de Xavier de Maistre (Voyage autour de ma chambre), auteur d'un tout récent récit autobiographique bien accueilli par la critique stockholmoise. Où l'on apprend, entre autres, que Nyqvist, enfant adopté, n'a pas connu ses parents biologiques jusqu'au jour où, adulte, il a fini par retrouver la trace de son père en Italie (avec l'aide de Lisbeth Salander?).
Amateurs de la trilogie de Stieg Larsson, si vous habitez Paris, regardez bien autour de vous. Vous pourriez tomber sur Kalle Blomkvist en train de déambuler dans les rues. A l'automne, l'acteur s'installera dans notre capitale avec sa famille pendant quelques mois, le temps de prendre un peu de recul. Il le raconte dans un entretien publié dans Dagens Nyheter.
Et après Paris? Peut-être une carrière américaine pour ce boulimique d'à peine 50 ans, comme le suppute le journaliste qui l'interroge? No comment. Et s'il voulait faire quelque chose de neuf, d'inédit, vers quoi se tournerait-il?
"Je veux jouer Richard III. Je veux faire un film qui influencerait les gens, qui changerait en bien les attitudes ou qui serait tellement excitant qu'on ne l'oublierait pas après l'avoir vu - comme Taxi Driver. Je veux lancer une école de théâtre en Inde. Je me verrais bien aussi succéder à Kevin Spacey à la direction de l'Old Vic (théâtre légendaire de Londres) et y interpréter moi-même tous les rôles principaux".
Attention mesdames et messieurs les Suédois, votre Kalle national est en train de prendre la tangente...

jeudi 21 janvier 2010

Où l'on reparle de Stieg Larsson

Qui était vraiment l'homme qui a écrit la désormais célèbre trilogie Millenium? Pour avoir donné son interprétation et raconté ses souvenirs dans un livre publié le 13 janvier à Stockholm, Kurdo Baksi, un ami de Stieg Larsson et camarade de lutte contre le racisme en Suède, est aujourd'hui dénoncé par d'autres anciens proches et collègues du défunt. Ainsi que par Eva Gabrielsson, sa compagne de toujours, autour de laquelle la polémique s'était jusqu'alors cristallisée depuis la mort de l'auteur, il y a plus de cinq ans.
Après l'héritage financier généré par les ventes astronomiques des polars, c'est l'héritage intellectuel et amical qui fait l'objet d'une âpre querelle. Kurdo Baksi, un Kurde de Turquie arrivé en Suède en 1980, connaissait sans doute bien Stieg Larsson. Ils ont travaillé ensemble, ils se sont serrés les coudes face à des groupuscules néonazis actifs et parfois dangereux. Avec son magazine Svartvitt (Noirblanc), Kurdo Baksi a maintenu à flot Expo, la revue militant contre l'extrême droite que Larsson avait cofondée. Mais avait-il pour autant une image entière et précise de celui qu'il décrit comme un croisement du dalaï-lama et de Fifi Brindacier? Sur quelle base se fonde-t-il pour affirmer, notamment, que Larsson bidonnait certaines dépêches lorsqu'il travaillait à l'agence de presse suédoise TT? D'autres anciens proches de l'écrivain s'insurgent et crient même, comme Eva Gabrielsson, au "meurtre" post mortem. Bigre.
Sont-ils scandalisés de voir Baksi insulter (par endroits seulement) la mémoire du défunt et vendre des livres sur son nom? Ou bien regrettent-ils d'avoir été pris de cours par la publication de cet ouvrage controversé? Baksi raconte avoir décidé de prendre la plume pour évoquer "son" Stieg, parce que personne d'autre en Suède ne l'avait encore fait. En février 2009, Eva Gabrielsson, notamment, m'avait assuré vouloir donner sa version écrite de l'homme avec lequel elle vécut 32 ans. Rien n'est encore sorti. Le fait que le livre de Kurdo Baksi soit publié chez Nordstedts, l'éditeur suédois de la trilogie Millenium, ne doit la rendre que plus amère. Elle considère cette maison d'édition comme une alliée du frère et du père de l'auteur, avec lesquels elle est encore en bisbille. En décembre dernier, elle a rejeté une offre de ces derniers équivalant à deux millions d'euros pour solde de tout compte.
Le livre de Baksi relance une triste polémique et l'empoisonne. La petite scène antiraciste stockholmoise se divise. Voilà qui doit faire jubiler tous les racistes que compte la Suède, et ils sont plus nombreux que ne l'ont montré jusqu'à présent les élections nationales. Les prochaines législatives auront lieu le 19 septembre.