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vendredi 11 mai 2018

Ingmar, rêve, cauchemar

2018 est, entre autres, l'année du centenaire de la naissance d'Ingmar Bergman. L'occasion de reproduire ici, très légèrement remanié, un long article que j'avais écrit pour la revue lettonne Rigas Laiks après un reportage sur les traces du Suédois à Fårö, l'île où il passa la fin de sa vie. L'article, qui relate aussi les difficultés rencontrées par les personnes s'étant mis en tête de perpétuer le souvenir de Bergman sur l'île, remonte à 2011. J'ai donc ajouté, en bas de ce texte, quelques précisions le mettant à jour. Autant le dire tout de suite, les nouvelles en provenance de Fårö sont plutôt bonnes. Toutes les photos:
© Antoine Jacob


LE CRAQUEMENT étouffé des aiguilles de pin sous la semelle se mêle au clapot des vaguelettes. La mer est maintenant à un jet de pierre. Entre sous-bois et eaux sombres de la Baltique, une plage étroite de galets. Décor austère à souhait en cette journée de grisaille. Dans le champ visuel, soudain, une silhouette se faufile entre des troncs. L’individu, petit sac au dos, s’éloigne sans demander son reste. C’est apparemment le même homme entraperçu un peu plus tôt dans la matinée, pédalant sur le sentier en terre. Avec son parka aux couleurs fluo, il n’a pas l’air d’un habitant de l’île. Sans doute un touriste égaré. A moins qu’il ne s’agisse d’un de ces admirateurs inconditionnels d’Ingmar Bergman. La propriété où habitait le maître avant sa mort en 2007 commence de l’autre côté du muret en pierres qui coupe la plage à angle droit. Mais comment cet inconnu aurait-il pu le savoir ? Rien n’annonce au promeneur qu’on approche du Saint des Saints, le fief du cinéaste qui, de son vivant, redoutait les curieux comme la peste. Un fil de fer barbelé court au-dessus du muret, protection dérisoire.

 
Le vent s’est calmé, le plafond de nuages s’étire vers l’Est, vers la Courlande si proche. Avec un peu de chance, il ne pleuvra plus de l’après-midi sur l’île de Fårö, au nord de Gotland. Le moment est venu d’aller rendre visite aux occupants de Hammars, la résidence de Bergman, qu’il avait fait construire au bord de l’eau, en 1967. Car la maison, si elle reste fermée au public, est désormais accessible à des artistes, suédois ou étrangers. Nul besoin de travailler dans le cinéma ou le théâtre, ni même d’être un inconditionnel de l’œuvre de Bergman, pour postuler à une place.


Anniken Amundsen, la Norvégienne qui ouvre la porte ce jour-là, crée des œuvres d’art, précises et menues, à l’aide de filets de pêche. Elle, son compagnon Dag et leurs deux jeunes enfants, plus blonds encore que Bibi Andersson, sont les premiers à résider à Hammars sur une longue période (trois mois). La journée, ils passent autant de temps qu’ils veulent dans ce qui fut le refuge permanent de Bergman à partir de 2003, là où il avait choisi d’attendre la mort, avec souvenirs, films et musique. Le soir, les pensionnaires du moment émigrent vers une maison en chaux blanche traditionnelle, tapie non loin de là parmi les pins, pour y passer la nuit. 

Hors de question de désacraliser la chambre à coucher de l’ancien propriétaire des lieux, plongée dans la pénombre. Le grand lit est recouvert d’une étoffe blanche ajourée aux allures de linceul. Sur la table de nuit en bois, blanche elle aussi, on distingue des mots, une forêt de mots en suédois griffonnés par Bergman. On l’imagine assis sur le bord du lit, crayon en main, donnant libre cours à son imagination, à la lumière de la lampe de chevet. Tout n’est pas lisible – à la fin de sa vie, il avait perdu de sa lucidité. Ici, on décrypte un prénom, Ingrid, celui de sa dernière épouse, avec laquelle il vécut un quart de siècle, jusqu’à sa mort en 1995. Là, on lit DRÖM, rêve, MARDRÖM, cauchemar. Parmi quelques croquis, une sorte d’écureuil sorti tout droit d’un dessin animé de Walt Disney. 


« Les premiers jours après notre arrivée à Hammars, nous étions très intimidés par l’atmosphère de la maison et l’aura de son ancien occupant, susurre Anniken. Puis nous nous sommes habitués. Mais nous éprouvons toujours un grand respect pour l’endroit ». Comment faire autrement lorsque, dans la petite salle de musique, on a la chance de pouvoir passer des heures à écouter La Flûte enchantée et d’autres 33 tours dans le fauteuil en cuir du maître, sous la lampe ayant servi au tournage de Scènes de la vie conjugale (Scener ur ett äktenskap)? Appuyé contre un mur en frisette, une récompense décernée en 2006 -- for outstanding contribution to the world of theatre -- par la Fondation internationale Stanislavsky de Moscou. 


Au bout de la grande pièce qui sert de bibliothèque, c’est un autre moustachu qui fixe le visiteur. Figure tutélaire, August Strindberg veille sur des milliers de volumes accaparant tous les murs. De cette pièce jusqu’à la « salle de méditation », à l’autre extrémité de la maison sans étage, les pièces s’alignent en enfilade sur 56 mètres, de part et d’autre d’une vaste salle de séjour au mobilier scandinave confortable mais sans prétention, flanquée d’une gigantesque cheminée. Pour Anniken et sa famille, le logis est un peu grand. Impossible de s’entendre d’un bout à l’autre. « Mais on ne va pas crier, pas ici… », sourit l’artiste. 

Ou si cela arrive, c’est bien involontaire. « Tout à l’heure, souffle Anniken, j’ai vraiment eu peur en levant la tête de ma table de travail : juste en face de moi, il y avait un homme, qui me scrutait de l’autre côté de la vitre ! » De quoi pousser un cri d’orfraie, d’autant que la nature avoisinante possède un je-ne-sais-quoi d’inquiétant. Sans doute sont-ce les réminiscences de films de Bergman qui jouent un sale tour. Les animaux tués par un sadique dans Une passion (En passion) tourné à Fårö, ou encore la vision de la mort, personnifiée dans Le septième sceau (Det sjunde inseglet)


« L’inconnu voulait me parler, reprend la Norvégienne. Il m’a raconté toute une histoire. Comme quoi il vient ici depuis des années en provenance d’Allemagne, son pays, qu’il connaît tous les films de Bergman par cœur, que peu après sa mort, il avait à nouveau fait le déplacement pour se recueillir sur sa tombe, puis qu’il avait rencontré un de ses enfants, Linn Ullmann, ici-même dans cette maison. Un type très étrange… » Ne portait-il pas une parka fluo, par hasard ? « Oui, avec des petites lunettes et un sac à dos ». 

On comprend mieux pourquoi le maître appréciait que les habitants de l’île le protègent des curieux. Aux personnes qui demandaient où se trouvait sa maison, ils répondaient par le silence, lorsqu’ils ne les envoyaient pas dans la direction opposée… L’intéressé l’avait souligné dans un entretien accordé à un chanteur folk natif de Gotland, Tobias Fröberg : « Je ne suis pas antisocial vis-à-vis des îliens. Nous éprouvons un respect mutuel. J’aime beaucoup leur mentalité, leur détermination à rester accrochés à Fårö, malgré les difficultés. S’ils s’en sortent sans assistance, c’est parce qu’ils ont les gênes adéquates. »  


A l’entendre, Bergman n’était pas loin de partager ce patrimoine génétique. Lorsqu’il mit la première fois le pied sur cette petite île, en avril 1960, à l’âge de 41 ans, il ressentit comme une révélation. « Voici ton paysage, il correspond à l’image que tout au fond de toi tu te fais des formes, des proportions, des couleurs, des horizons, des bruits, des silences, de la lumière et des reflets », écrivit-il plus tard dans son récit autobiographique, Laterna Magica

Pourtant, déjà auréolé de premiers succès à l’étranger dont un Ours d’or à Berlin pour Les fraises sauvages (Smultronstället), Bergman n’avait aucun a priori positif en montant sur le bac qui reliait – et relie encore – Gotland à Fårö. Il rêvait de tournage sur les îles Orcades, au nord de l’Écosse, pour son long-métrage à venir, A travers le miroir (Såsom i en spegel). Les studios de cinéma suédois SF estimaient l’idée trop coûteuse et le prièrent de trouver un décor plus proche de Stockholm. Le réalisateur se résolut à faire un tour à Fårö pour la forme, sans abandonner ses envies d’Écosse.



La nature âpre et sauvage de l’île suédoise l’envoûta de suite. Il lui suffit d’une première virée vers la pointe Sud en compagnie de son chef-opérateur Sven Nykvist pour penser : c’est là que je veux habiter. « Je n’avais jamais ressenti cela auparavant. C’était magique ». Quatre ans plus tard, à l’occasion du tournage de Persona sur la même île, il décida de s’y installer une partie du temps. C’est ainsi qu’il fit construire Hammars, malgré les objections d’un architecte pointilleux travaillant à l’administration locale.

* * *

LE CIMETIÈRE s’étend au pied de l’église en chaux blanche. Son clocher ne se voit pas de tous les coins de l’île, qui est plus étendue qu’elle n’y paraît (un cinquième du lac Léman environ). Il faut pousser une grille en fer forgé qui couine, contourner sur sa gauche l’édifice du XIVème siècle et remonter une allée en gravier jusqu’au fond à gauche. Le coin est herbu, à l’exception d’un passage en dur menant à une simple pierre tombale bombée. Deux noms gravés l’un au-dessus de l’autre :



Un couple de touristes approche. « Ingrid Bergman était mariée avec lui ? », demande la femme en suédois. « Tu veux dire l’actrice ? On dirait... Moi non plus, je ne savais pas », répond l’homme, le sourcil haut. En ce jour de semaine estivale, les visiteurs plus ou moins bien informés sur la vie du cinéaste – non, ce n’est pas l’actrice de Casablanca qui repose là, mais sa 5ème et dernière épouse, née Ingrid Karlebo – défilent au rythme de l’arrivée des bacs, le Nina et le Bodilla, qui font la navette avec Gotland. Le cimetière, à quelques kilomètres du quai, est la première étape obligatoire pour les vacanciers à la foulée paresseuse. Une attraction comme une autre pour bon nombre d’entre eux. 

Sur un panneau en bois fiché en bordure du parking, une feuille en papier plastifiée présente les films à l’affiche dans le petit cinéma local, le Roy. La programmation est erratique et chaque film n’est projeté qu’une fois. Cet été-là, deux œuvres suédoises et quatre hollywoodiennes divertiront les amateurs de comédies et de polars. A côté, un prospectus bleu pâle prévient du départ de deux « Safari Bergman », à douze jours d’intervalle… 

Le bus part de l’ancienne école de Fårö. A son bord, une guide bénévole raconte les liens particuliers qui unissaient le plus réputé des habitants de l’île aux quelque 450 autres personnes qui y résident à l’année. Sur une route parfois cahotante, les passagers sont conduits jusqu’aux lieux de tournage des quatre films réalisés ici par le Suédois. Grâce à un écran de télévision installé au-dessus du pare-brise, on compare les décors naturels tels qu’il les avait filmés avec les originaux, qui défilent de part et d’autre du bus. Le passé, le présent. Halte obligée sur la plage de La Honte (Skammen), d’où Jan et Eva fuient la guerre et les cadavres qui les entourent. Sentinelles de calcaire aux formes suggestives, les raukar continuent à camper d’inquiétants personnages. 


Plus tard, Jannike Åhlund, la directrice de la fondation qui organise le « safari », admet que ce terme n’est pas vraiment bergmanien. « Nous avons un peu forcé le trait, c’est vrai, mais c’est pour attirer des gens qui, sinon, n’auraient pas songé entreprendre ce petit périple sur les traces de Bergman », plaide-t-elle sur la terrasse herbeuse d’un des rares cafés-restaurants de l’île. Loin d’elle l’idée de commercialiser l’image de la célébrité locale. Mais maintenir vivant cet héritage, « cela coûte de l’argent… » Et il en manque pour atteindre cet objectif.

Car l’État suédois, lui, ne s’est guère montré coopératif. Après la mort du metteur en scène, le 30 juillet 2007, le gouvernement dirigé par le conservateur Fredrik Reinfeldt fit savoir qu’il ne comptait pas débourser la moindre couronne pour aider la fondation Centre Bergman Fårö dans son projet. Selon lui, il avait déjà assez fait en cofinançant l’entretien et la numérisation des archives du cinéaste. Des caisses par dizaines, où le réalisateur de Persona avait entassé méticuleusement tous ses écrits, dessins, factures… Une mine de renseignements désormais conservée, et ouverte aux chercheurs, dans les sous-sols de l’Institut suédois du film, à Stockholm.

En ce début d’été 2011, les finances de la fondation sont au plus bas. Les fonds européens escomptés ne sont pas arrivés, pour cause d’absence de cofinancement local. Or cet argent devait servir à transformer l’ancienne école de Fårö – un don de la commune – en un Centre Bergman, avec expositions, cinéma, bibliothèque, café… Si un cabinet d’architectes de Stockholm (Tham & Videgård) a remporté l’appel d’offre, les travaux, qui devaient commencer cette année, sont reportés à des jours meilleurs. 

La situation devient inquiétante, regrette Jannike Åhlund, l’ex-directrice du festival du film de Göteborg. En l’absence de nouvelles subventions, l'édition 2011 de la Semaine Bergman pourrait fort bien être la dernière. Organisé par la fondation depuis 2004, ce rendez-vous attire des personnalités du cinéma et du théâtre, le temps de rencontres, de projections et de concerts. La Semaine Bergman a déjà vu défiler Ariane Mnouchkine, Wim Wenders, Kenneth Branagh, Andrej Zvjagintsev, István Szabó, etc. En 2006, un an avant sa mort, « Bergman avait participé à une bonne partie du programme, en vieil homme sentimental qu’il était devenu », se souvient sa directrice.

* * *

L’ÉDIFICE en cours de construction pour perpétuer l’héritage artistique d’un des plus grands cinéastes et hommes de théâtre européens demeure donc fragile. Il a toutefois gagné en solidité depuis qu’a été réglé le sort de Hammars, et des quatre autres propriétés de Bergman sur l’île. L’affaire était pourtant mal partie. Très vite après sa disparition, à l’âge de 89 ans, le gouvernement avait annoncé qu’il ne rachèterait pas les propriétés. Il fallut chercher ailleurs. Dans son testament, rédigé en 1995, le défunt avait prévu, pour éviter toute querelle familiale, que ses maisons et leurs contenus seraient vendus et l’argent récolté réparti entre ses huit enfants. Y aurait-il une bonne âme pour tout racheter d’un bloc et financer des activités artistiques à Hammars, comme Bergman l’avait souhaité de son vivant, dans une lettre écrite dès 1973 ?

Une petite annonce fut publiée dans le magazine américain Variety afin de débusquer un riche acheteur à Hollywood. Mais l’île suédoise est éloignée, peu facile d’accès et… rude d’aspect. Les hivers y sont longs. Il fallait s’appeler Bergman pour s’y sentir dans son élément. Un ancien premier ministre suédois, le social-démocrate Ingvar Carlsson, joua les intermédiaires. « Après le refus d’une riche famille suédoise domiciliée à l’étranger, j’étais devenu très pessimiste », raconte ce septuagénaire, croisé sur Fårö. 


La surprise fut totale lorsqu’à l’été 2009, on apprit qu’un Norvégien ayant fait fortune dans les nouvelles technologies, Hans Gude Gudesen, avait discrètement acquis toutes ses propriétés, vendues aux enchères par l’intermédiaire de Christie’s, à Londres. Montant estimé : 40 millions de couronnes suédoises (3,9 millions d'euros). Ce grand admirateur de Bergman avait aussi racheté presque tous ses meubles et effets personnels. 

Pour Kerstin Kalström, la solution qui a prévalu « a tout d’une saga ». Comme la plupart des autres personnes habitant sur Fårö à l’année, « j’avais peur qu’une célébrité étrangère ne rafle la mise pour venir quelques mois l’été, sans montrer aucun intérêt pour l’île ni pour l’œuvre de Bergman »,  raconte cette retraitée en servant du café dans sa ferme entourée de champs pour moutons. 

Kerstin Kalström a fait connaissance avec Bergman en 1979, lorsqu’il tournait son second documentaire sur les habitants de Fårö, qui appréciaient leur hôte célèbre, à défaut de toujours le comprendre. Son mari, Birger, avait appris à Max von Sydow à pêcher pour le tournage d’Une passion (1969). Plus tard, il aida à la rénovation de l’étable que Bergman transforma en cinéma privé, dans le hameau de Dämba. Il le croisait parfois, au volant de sa voiture, lorsqu’il allait visionner ses deux films quotidiens, en milieu d’après-midi et le soir.

"Vois le film - si tu oses!"
Le réalisateur affectionnait en particulier les vieux films noir et blanc, qu’il puisait dans une vaste collection qu’il s’était fait livrer de Stockholm. Son préféré, le premier chef-d’œuvre du film muet suédois, Ingeborg Holm, de Victor Sjöström (1913). C’est là, dans cette petite salle de projection dotée de 15 fauteuils, qu’il invita des habitants de l’île et d’autres personnes ayant travaillé au tournage de Scènes de la vie conjugale à sa « première mondiale ». A l’étage, on trouve encore une table de montage, sur laquelle œuvra Andreï Tarkovski pour donner naissance au Sacrifice, qu’il avait tourné sur Fårö. 

Le fait que ce patrimoine suédois soit racheté par un Norvégien a fait tiquer certains sur l’île. « C’est sûr que nous avons dû ravaler un peu de notre orgueil, dit Kerstin Kalström, mais c’était sans doute le prix à payer… » L’ensemble de maisons acquises par le Norvégien fut transmis à la fondation Propriétés Bergman, chargée de maintenir une vie artistique en ces lieux. C’est cette structure qui s’occupe de sélectionner les artistes qui se succèdent à Hammars. 

Née en 1966, l’écrivaine Linn Ullmann, la fille que le cinéaste eut avec l’une de ses actrices fétiches – la Norvégienne Liv Ullmann, séduite lors du tournage de Persona –, déploya beaucoup d’énergie pour mettre le projet sur les rails. D’Oslo, où elle se consacre à nouveau à l’écriture, elle répond à nos questions par courrier électronique. « Les maisons de Fårö ont toujours été associées au travail et à la création artistique, je voulais que cela continue ainsi. » C'est chose faite.



[MISE A JOUR: Depuis la parution de cet article (alors traduit en letton par Gita Grīnberga) dans Rigas Laiks, l'héritage d'Ingmar Bergman sur son île est mieux assuré. Le Centre Bergman a vu jour dans l'ancienne école de Fårö. Il est équipé notamment d'une salle de cinéma. La fondation qui gère le Centre, désormais présidée par Jannike Åhlund, est financée de manière plus stable. La Semaine Bergman a survécu, sa prochaine édition aura lieu du 25 au 1er juillet 2018. Hammars, la maison où habitait le cinéaste et metteur en scène, est toujours accessible à celles et ceux qui en font la demande.
[Enfin, pour les passionnés de Bergman, du cinéma et du théâtre suédois, je propose l'entretien que j'avais réalisé avec le comédien Erland Josephson, vieux complice d'Ingmar, pour un article paru dans Le Monde. Entretien que j'ai posté sur ce blog dans sa version intégrale.
[Toutes les photos: © Antoine Jacob]

dimanche 12 mai 2013

Méli-mélo à Daugavpils

De retour de Daugavpils, dans le sud-est de la Lettonie, un saut de 500 km aller-retour pour visiter le nouveau Centre Mark Rothko en vue d'éventuels articles et pour assister à une pièce de théâtre. Méli-mélo historico-linguistique.

Ville d'environ 100 000 habitants, soit un peu moins qu'avant la première guerre mondiale, alors qu'elle s'appelait encore Dvinsk, son nom russe. L'ex-Dünaburg, fondée par l'Ordre de Livonie, était en effet passée dans l'empire tsariste après le premier partage de la Pologne (1772). De nos jours, Daugavpils, deuxième ville de Lettonie (déjà évoquée dans ce blog), est majoritairement peuplée de membres de la "minorité" russophone. Langue le plus souvent entendue à Daugavpils: le russe. Langue le plus souvent lue dans les rues: le letton, seule langue officielle du pays.

Rothko, peintre, né Marcus Yakovlevich Rothkowitz en 1903 dans cette ville. Russe et yiddish parlés à la maison. Père pharmacien, juif peu porté sur la religion avant de renouer avec le judaïsme. Mère née à Saint-Pétersbourg dans une famille parlant russe et allemand. En 1913, celle-ci quitte l'Europe avec le jeune Marcus pour rejoindre son mari, parti en éclaireur aux Etats-Unis. Fin de la période russe du futur artiste.

Musée (ou Centre, les instigateurs ont dû trouver que ça sonnait plus d'aujourd'hui) inauguré le 24 avril 2013 dans la plus pauvre des régions lettones. Installé dans l'ancien arsenal que le tsar Nicolas Ier fit bâtir en bordure du fleuve (la Daugava en letton, la Dvina en russe, la Düna en allemand), dans un bel ensemble fortifié à la Vauban, rive droite, à l'ouest du centre-ville. A l'intérieur du vaste musée, sur deux étages, le gros de la signalisation est en trois langues, letton, russe et anglais, tout comme le site Internet. Parmi les oeuvres présentées, six tableaux originaux - dont deux aplats de couleurs - prêtés par des descendants du peintre américain mort en 1970. Ils seront, assure-t-on, changés tous les trois ans.



  
Théâtre de Daugavpils (ci-dessus), bâti par un architecte letton, Verners Vitands, et inauguré en 1937, peu avant la fin de la première indépendance de la République de Lettonie. Site Internet essentiellement en letton. Personnel du théâtre aux noms indiquant leur appartenance à la minorité russe du pays (comme Oļegs Šapošņikovs, le directeur), pas toujours à l'aise en letton.

Pièce à l'affiche ce soir-là, dans une salle annexe, Valentīna diena (Le jour de Valentine), "tragi-comédie" écrite par un auteur russe (de Russie), Ivan Viripaev. Fruit de la collaboration entre le théâtre de Daugavpils et l'Académie des arts de Lettonie. Deux élèves de l'Académie ont monté la pièce en guise de diplôme de fin d'études: à la mise en scène, un Russe letton, Georgijs Surkovs; et pour la scénographie, Dace Sloka, une Lettone qui ne parle pas russe (il y a toujours moyen de s'entendre, de se faire comprendre). Trois comédiens professionnels, russophones, jouent le jeu à fond. Trois représentations seulement. Pas de sous-titrage de la pièce en langue lettone: tout en russe, y compris le programme imprimé sur papier format A4 plié en trois. Les moyens du bord.

dimanche 26 février 2012

Erland Josephson, entretien (Bergman, Liv Ullmann, la mort, etc.)

La nouvelle de la mort d'Erland Josephson m'incite à interrompre la pause que j'observe ici depuis début décembre dernier. Ce fin comédien, décédé à 88 ans, restera bien sûr étroitement associé à l'oeuvre d'Ingmar Bergman, avec lequel il travailla tant au cinéma qu'au théâtre. C'était justement pour parler de ces passions - Bergman, rencontré très jeune, théâtre, cinéma - que j'avais frappé à la porte de Josephson en vue d'un entretien à paraître dans Le Monde. Il m'avait reçu avec gentillesse le 7 décembre 2004, dans le petit bureau dont il disposait encore au 6e étage de Dramaten, le grand théâtre de Stockholm où il avait interprété quelque 75 rôles.
Nous avions surtout parlé de Sarabande, le dernier film réalisé par Bergman (disparu depuis, lui aussi, le 30 juillet 2007) pour la télévision publique suédoise, alors qu'il allait être diffusé en France. Sarabande, conçue par le réalisateur comme la suite de Scènes de la vie conjugale, tourné trente ans plus tôt avec les mêmes acteurs: Erland Josephson et Liv Ullmann.
Plutôt que de le garder sous le coude, je livre ici l'entretien dans sa version quasi-intégrale, le journal, par manque de place, n'en ayant publié qu'une partie dans son édition datée du 15 décembre 2004:


Comment est née l’idée de tourner Sarabande?

Cela a commencé comme une sorte de plaisanterie, entre Ingmar, Liv et moi, au sujet de ce qui avait pu arriver à Johan et Marianne, les personnages de Scènes de la vie conjugale. Un jour, l’un de nous – j’aime à croire que c’est moi – a proposé, pour rire, de faire un film sur leur vie trente ans après. Nous nous sommes alors aperçus que nous avions tous les trois la même idée. Du stade de jeu, c’est devenu un script très sérieux. Plus tard, Ingmar a dit que non, ce film n’avait rien à voir avec Scènes de la vie conjugale, mais il est évident que si. Pourquoi sinon avoir appelé les personnages Johan et Marianne ? Ils portent en eux l’expérience ce qui leur est arrivé il y a trente ans. Ils véhiculent une dimension supplémentaire, parce que leur passé est plus proche que chez la plupart des gens.



Etait-ce difficile pour vous de vous retrouver à nouveau dans la peau de Johan?

Non, pas du tout. Ingmar a d’ailleurs été très surpris par le fait que je puisse être aussi méchant que mon personnage l’est dans Sarabande. Au passage, je n’ai rien contre, je trouve que c’est plutôt flatteur de pouvoir jouer quelqu’un de méchant, de démoniaque… J’ai moi-même été surpris qu’Ingmar ne m’en croit pas capable ! Parce que je ressens souvent que je suis quelqu’un de méchant. Cela dit, il ne faut pas me confondre avec mes rôles. Je ne me sens aucune affinité particulière avec ce Johan. Il m’a fallu chercher des raisons à cette méchanceté. Il y a en Johan une froideur, une solitude, une rupture avec la vie.

Comment s’est passé le tournage?

Nous avons pris un grand plaisir, comme de vieux amis peuvent le faire. Ingmar est quelqu’un avec qui il est très drôle de travailler, même s’il exige beaucoup des gens. Nous nous souvenons tous les deux de cette période comme de moments très forts, débordants d’enthousiasme. Et puis nous nous connaissons tellement bien que nous nous comprenons au moindre geste. Nul besoin d’analyser ou d’expliquer grand-chose. Je comprends ce qu’Ingmar veut dire dans son script et il comprend ce que je veux exprimer en jouant.
Certaines de mes scènes étaient très chargées d’émotions. Celle, horrible, entre Johan et son fils était très drôle à tourner du point de vue de l’interprétation. De même la scène finale, dans laquelle Johan entre dans la chambre de Marianne. C’est un moment d’une grande nudité, aux deux sens du terme… Elle tourne autour du thème très bergmanien de la solitude, de la peur de se retrouver seul, de l’impression de sentir son existence menacée.
Etant donné l’émotion des scènes et le fait qu’elles touchent à nos propres expériences personnelles, il était inévitable que, de temps à autre, de vieux conflits refassent surface. Ingmar et Liv ont vécu plusieurs années ensemble, ils n’ont pas tous réglés entre eux. Mais c’est salutaire de vouloir tirer les choses au clair, plutôt que de feindre d’ignorer les tensions.

Est-ce que Bergman a changé, avec les années, dans sa façon de diriger les acteurs?

Non, je ne trouve pas. Certes, il est devenu plus ouvert, plus calme et détendu, il crie moins qu’avant. Mais dans son ton, dans sa façon d’analyser et de créer une atmosphère sur le tournage, il n’a guère changé. Il peut aussi être irrité par les récents changements technologiques. De nouveaux équipements apparaissent, qu’il n’arrive pas à maîtriser de la même façon que ceux avec lesquels il a grandi. Pour les acteurs aussi, les conditions techniques ont un peu changé. Certaines possibilités sont apparues, d’autres ont disparu.

Que vous rappelez-vous du tournage de Scènes de la vie conjugale?

Nous étions assez isolés sur Fårö [l’île suédoise de la mer Baltique où réside Bergman, que j'évoque ici]. Nous étions vraiment au calme. Notre vie sociale se mêlait à la vie professionnelle, ce qui était très agréable et bon pour la concentration. J’ai des souvenirs assez clairs de comment cela s’est passé. Je n’ai pas revu le film très souvent et il est évident que mes souvenirs sont aujourd’hui influencés par le fait qu’on me le ramène.

Le tournage de Sarabande vous a-t-il replongé trente ans en arrière?

Non, je ne pense pas. Sarabande est une œuvre en soi, un matériau unique qui a sa propre identité. Certes, c’était une bonne chose d’avoir participé à Scènes de la vie conjugale pour jouer dans Sarabande, mais ce n’était pas une condition nécessaire. Nous avons été très étonnés par l’accueil très positif donné à Sarabande. Je ne sais pas pourquoi nous en avions douté. C’était sans doute une façon de se protéger contre d’éventuelles critiques, en fin de carrière.

Qu’est-ce qui était le plus drôle à faire, tourner dans Scènes ou dans Sarabande? Est-ce possible de comparer?

Non, il y avait des moments drôles dans les deux films. C’était très amusant de se quereller avec Liv dans Scènes… Et puis il y a des détails ici et là que j’aime me rappeler et que je pense avoir réussis.

Comment était-ce de vous retrouver une fois de plus avec Liv Ullmann sur un plateau de tournage?

Liv et moi, nous nous connaissons bien depuis très longtemps. Quand nous nous parlons au téléphone, il nous faut très peu de temps pour retrouver une grande proximité. C’est vraiment une des personnes qui me sont les plus proches. Mais je dois dire que nous avons eu un peu de mal, lors de la première rencontre de préparation au tournage. C’était un peu comme au début du film, d’ailleurs, lorsque Marianne arrive chez Johan. Nous nous retrouvions là avec l’obligation de nous parler, de nous rapprocher l’un de l’autre. C’est un thème bergmanien qu’avait aussi abordé Ibsen dans La Maison de poupée. L’histoire de gens qui se marient, qui vivent ensemble mais qui n’arrivent jamais vraiment à se parler.

Est-ce que Bergman vous a expliqué durant le tournage ce qu’il voulait dire dans Sarabande?

Il n’a pas passé beaucoup de temps à analyser ses intentions. Tout était assez clair. Nous en sommes vite arrivés à ce qui devait être, c’est-à-dire une sorte de recherche de la plus haute éloquence. On commence alors à lire le scénario d’une autre façon et on découvre l’importance de telle ou telle scène, de ce qu’elle veut dire, de ce qu’elle a à donner. Nous, les comédiens, nous cherchons les moments où nous pouvons exprimer au mieux ce que nous pouvons. Nous sommes des machines à expression indépendantes… Peut-être que le mot « machine » n’est pas très adapté. En tout cas, Ingmar sait très bien nous faire donner le meilleur de nous-mêmes, et nous arrivons aussi à lui donner en retour.

Les relations entre père et fils est un autre thème cher à Bergman. Etait-ce important pour lui de revenir une fois de plus sur le sujet?

Je ne crois pas qu’Ingmar userait du terme important, à cause de sa connotation contraignante et lourde. Mais le thème du père qui maltraite son fils, c’est quelque chose de très personnel chez Bergman, cela le touche beaucoup. Le papa de Sarabande n’a rien réussi dans sa vie, c’est une épave humaine, il est méchant dans l’échec. En cela, il est différent des papas rencontrés dans d’autres films d’Ingmar, même s’il est aussi dominant et sans scrupules qu’eux.



Johan représente-t-il Ingmar Bergman en tant que père?

Là, vous entrez dans un domaine très sensible. Cela peut très bien être ça. Mais il se voit comme un père conciliant. Un de ses fils est mort. Il en a ressenti un fort sentiment de culpabilité [silence]. Ce qui est douloureux avec Johan, c’est qu’il ne peut tout simplement pas aimer son fils. Or c’est tabou d’éprouver des sentiments mauvais pour ses enfants, ça ne se se fait pas. Lorsque cela arrive, on s’expose à des difficultés émotionnelles et pratiques. Mais on peut se demander si cela est arrivé à Johan parce qu’il s’est réfugié dans sa solitude, ou parce qu’il est victime de sa propre méchanceté… et de son amour pour Anna, l’épouse décédée de son fils.

L’un des autres thèmes abordés dans Sarabande est la mort, la peur de mourir ou l’attente…

C’est naturel, à notre âge, de penser à la mort. Ingmar [qui a 85 ans quand sort ce film en Suède] a une attitude très ambiguë vis-à-vis du désir de mourir, de la volonté de vivre. Mais on ne sait pas si, dans le film, Ingmar évoque son propre rapport à la mort. Ce qui est sûr, c’est qu’il parle beaucoup de son histoire personnelle lorsque le fils, Henrik, est assailli par un sentiment d’abandon, après la disparition de l’être très cher qu’était sa femme [le film est dédié à Ingrid, l’épouse du réalisateur décédée en 1995].

Avez-vous l’habitude de parler de la mort avec Bergman lors de vos discussions téléphoniques hebdomadaires ?

Oui, cela nous arrive. Nous n’avons pas forcément le même avis. Ingmar veut volontiers croire à une nouvelle vie après celle-ci. Moi, cela ne m’intéresse pas tellement… Depuis 1974 ou 1976, je ne sais plus, nous nous sommes appelés presque tous les samedis. Les thèmes varient, ils sont très souvent d’ordre très personnel. Parfois nous n’avons pas grand-chose à nous dire, mais nous pouvons toujours parler! Nous partageons tant de références communes, nous avons travaillé si souvent ensemble, pour le théâtre, le cinéma, la télévision.

Peut-on savoir de quoi avez-vous parlé samedi dernier?

C’était très privé : il avait des maux d’estomac! Nous avons appris de Strindberg à mélanger trivialité et grandeur, merdre et cieux… Strindberg signifie tant de choses pour Ingmar, et nous tous. C’était un génie doté d’une langue fantastique, il nous ouvre de nombreux espaces.

Comment se porte Bergman, tout seul dans sa propriété de l’île de Fårö?

Il trouve que c’est très agréable de vivre dans l’isolement. Mais il s’ennuie énormément sans ses comédiens! Cela dit, il ne veut plus rien entreprendre. C’est du moins ce qu’il affirme. Je crois qu’il le pense sérieusement cette fois-ci. Il pourrait toutefois peut-être changer d’avis. Il l’a déjà fait par le passé. Il lui faudrait trouver une forme plus légère et facile de s’exprimer: c’est si lourd, un film. Cela pourrait être, je crois, une sorte de théâtre de chambre avec quelques comédiens. Il lui reste quelques histoires à raconter. Il m’en a parlé un petit peu. Je ne peux pas en dire plus. Il a tellement fait de choses, été si assidu au travail. Je ne connais aucun autre réalisateur qui voit autant de films. Il regarde aussi du théâtre, notamment d’Allemagne, diffusé par une chaîne de télévision. Il n’a pas perdu de sa curiosité.

Et vous?

Moi non plus. Nous venons de terminer, dimanche dernier, la présentation à Dramaten d’une belle pièce de Beckett. Je viens de commencer l’écriture d’une pièce de théâtre. Mais je ne sais pas trop ce que cela deviendra. L’ordinateur et moi ne sommes pas de grands amis en ce moment… Et j’ai d’autres projets. S'il serait peut-être temps pour moi de m’arrêter, je ne pense pas comme cela. D’autres devront le faire pour moi. En attendant, j’ai la mémoire qui fonctionne.

L’image qu’ont les Suédois de Bergman semble s’être améliorée avec le temps...

C’est vrai. Les critiques qui ont accueilli ses œuvres de jeunesse étaient vraiment horribles, négatives. Dans les années 1940 et au début des années 1950, il était sous pression. Ce n’est que lorsqu’il est devenu célèbre à l’étranger et récompensé au festival de Cannes qu’on a commencé à mieux l’apprécier en Suède. D’outsider, il est devenu quelqu’un qui est en train, actuellement, de prendre le statut de saint national.
Mais il a eu la force de ne faire que ce qu’il voulait absolument. S’il l’avait souhaité, il aurait pu gagner énormément d’argent en agissant autrement. Mais ce n’était pas l’essentiel pour lui. Il est resté très concentré sur son œuvre.

Bergman semble aussi être devenu plus modeste ces dernières années, moins arrogant, plus accessible aussi...

C’est toujours plus facile lorsqu’on a du succès, que tout va bien… Il est devenu également moins agressif dans ses « sorties ». Il n’a plus besoin de l’être, contrairement à avant.

Cela a-t-il contribué à le rendre plus compréhensible en Suède?

Oui, je trouve qu’il est beaucoup mieux compris qu’avant. J’ai du mal à répondre aux questions… Ingmar est quelqu’un de phénoménal à interviewer lorsqu’il l’accepte. Moi, j’ai un peu de mal, parce que je pense toujours l’inverse de ce que je dis… Lorsque je réponds quelque chose, je me demande « est-ce vrai ce que je viens de dire ? »… Je ne suis jamais convaincu par mes propres vérités. Bergman ne laisse jamais l’incertitude le freiner.

FIN

mardi 16 mars 2010

Kalle Blomkvist à Paris

Vous le reconnaissez? Mikael Blomkvist! Le super journaliste de la trilogie Millenium, version filmée. Ou plutôt l'acteur qui l'incarne. Michael Nyqvist, multirécidiviste du grand écran, incontournable des plateaux de tournage du royaume, grand appétit. L'équivalent suédois de... Depardieu croisé avec Auteuil? Arpenteur de planches de théâtre (actuellement dans Jane Eyre au Dramaten), élevé à la lecture de Xavier de Maistre (Voyage autour de ma chambre), auteur d'un tout récent récit autobiographique bien accueilli par la critique stockholmoise. Où l'on apprend, entre autres, que Nyqvist, enfant adopté, n'a pas connu ses parents biologiques jusqu'au jour où, adulte, il a fini par retrouver la trace de son père en Italie (avec l'aide de Lisbeth Salander?).
Amateurs de la trilogie de Stieg Larsson, si vous habitez Paris, regardez bien autour de vous. Vous pourriez tomber sur Kalle Blomkvist en train de déambuler dans les rues. A l'automne, l'acteur s'installera dans notre capitale avec sa famille pendant quelques mois, le temps de prendre un peu de recul. Il le raconte dans un entretien publié dans Dagens Nyheter.
Et après Paris? Peut-être une carrière américaine pour ce boulimique d'à peine 50 ans, comme le suppute le journaliste qui l'interroge? No comment. Et s'il voulait faire quelque chose de neuf, d'inédit, vers quoi se tournerait-il?
"Je veux jouer Richard III. Je veux faire un film qui influencerait les gens, qui changerait en bien les attitudes ou qui serait tellement excitant qu'on ne l'oublierait pas après l'avoir vu - comme Taxi Driver. Je veux lancer une école de théâtre en Inde. Je me verrais bien aussi succéder à Kevin Spacey à la direction de l'Old Vic (théâtre légendaire de Londres) et y interpréter moi-même tous les rôles principaux".
Attention mesdames et messieurs les Suédois, votre Kalle national est en train de prendre la tangente...